Mois : mars 2007

Entrez dans la danse

Les arbres dansent

Certaines nuits, il semble que les arbres dansent
Ensemble sur la douce musique du vent :
Ils laissent bercer et bougent sans trop de sens
Leurs branches de gauche à droite, d’arrière en avant.

Si elles s’ancrent et s’appuient au plus profond du sol,
Ces danseuses géantes toutes de bois faites,
C’est pour s’élancer à la rencontre d’Éole
Et caresser le ventre des cieux de la tête.

Aimant prendre des poses aux aspects tortueux,
Elles se tordent et étirent loin leurs très longs doigts,
Elles semblent se mouvoir d’un moyen mystérieux
Et nous fascinent sans en demander le droit.

Ô dryades, je vous sais ici bien vivantes
Quand avec grâce se meuvent vos corps entiers
Et qu’avec eux, dans la forêt, mon âme errante
Danse de la tête et s’appuie sur ses deux pieds.

Etheldrède

La danse… Voici un bien vaste sujet ! Si je me laissais aller à la fainéantise, je vous citerais mon amie la femme de la forêt qui va sauver des pingouins en Antarctique : Emmanuelle Kant (cf l’article sur le sommeil) en disant que la danse est une chose qui ne se prouve pas mais s’éprouve et m’en irais boire du thé en feuilletant des catalogues ou du moins quelque chose ne requièrant pas une très grande activité cérébrale. Néanmoins, étant assez maniaque, bien que l’on puisse en douter si l’on observe ma chambre certains jours, je ne peux me permettre de bâcler un article, et encore moins un article traitant de la danse !
Alors, courageusement, je me saisis de mon clavier comme d’une épée et m’en vais retranscrire en mots ce qui s’exprime habituellement par le corps… Exprimer ?! Là vous repensez à la dernière fois que vous avez vu l’abruti de votre classe bourré en boîte et vous demandez sérieusement ce que son remake de la Danse de canards à la sauce Macarena pouvait bien exprimer… Disons que c’est un art qui revêt plusieurs formes et que certaines sont plus riches et lourdes de sens que d’autres… Un peu comme Charles Baudelaire et Yves Bonnefoy en poésie, vous saisissez ? L’un est un maître incontesté, et l’autre… Bref.

La danse forme un langage dont le sens varie selon la façon dont elle se ressent. Ce sont avant tout les émotions qui se communiquent : la danse entre par les yeux, la musique par les oreilles et on se retrouve ainsi à danser de l’âme avec le danseur, on sent la danse plus qu’on ne la comprend. C’est pour ceci, je pense, que cette dernière a été diabolisée par l’Eglise, vue tantôt lubrique, tantôt macabre, la danse est une communion de soi à soi, de soi aux autres, de soi au monde. Danser, c’est sentir son squelette s’articuler, danser c’est se laisser posséder par la musique, danser c’est sentir son poids sur le sol et sa peau dans l’espace, c’est devenir un univers…

Chacun a sa façon de voir la danse, chaque danseur y a une relation privilégiée, elle vient de façon unique, comme un nom que l’on met sur un visage, avec une énergie, une intention et une qualité toujours différente et toujours nouvelle. Enfin… C’est du moins la façon dont je vois la chose : cela fait onze ans que je fais de la danse contemporaine, et si l’on omet les quelques pas de rock expérimentés de temps à autre avec mon frère, ceux de salsa appris à la va-vite pour le délire dans un camping hongrois, les stages de torture… heu… danse classique, pardon, et ceux de capoeira, je n’ai jamais fait que ça.

La danse contemporaine a cela de particulier qu’elle offre une marge de liberté assez large en ce qui concerne la création : des éléments du décor peuvent être exploités, de même que les costumes, ou encore la voix ; rien n’est vraiment imposé si ce n’est la relation du danseur à l’univers. Alors que le danseur classique est plutôt aérien, le danseur contemporain s’enfonce dans le sol… Les jambes se plient, les pieds s’étalent et le corps s’étire, se courbe, s’enfonce, se vautre, se tend, s’élance… De même, rien n’est gratuit en danse contemporaine. Si l’on observe nos vies, tout acte n’a-t-il pas une cause ? Une intention ? La danse contemporaine est l’expression du quotidien, et ainsi un mouvement ne se fera jamais dans le vide, il marquera à chaque fois une volonté et une conséquence. Cela dit, diverses influences peuvent s’y retrouver, ainsi le contemporain peut piocher des éléments dans le classique, les danses de salon, le théâtre, les arts martiaux, les danses ethniques,… Bref, partout où le corps s’exprime sans jamais y tomber totalement. Pour ce qui est de la différence contemporain/moderne, [edit : novembre 2011] elle est premièrement historique : le contemporain découle du classique et s’y oppose, le moderne fait partie de la mouvance jazz. Le grand jeu du contemporain est cependant de briser les frontières, quitte à se trouver parfois aux limites de la danse. Voilà pourquoi il est si difficile de le définir, et voilà pourquoi j’ai voulu écrire ces quelques précisions, en espérant qu’elles aient pu vous éclaires sur la question.