L’enfer des soldes

Il était une fois, un soir de mi-janvier, une Banshee qui errait sans but dans les rues de la ville. C’est la mort dans l’âme et des notions géographiques plein la tête qu’elle faisait ses tours et ses détours, culpabilité et paralysie mentale grandissante. Quand, comble de la lobotomie, s’offrirent à sa vue ces vitrines éclairées et pleines de couleurs, affichant des chiffres qui lui rappelaient vaguement ses bons vieux et lointains cours de maths de lycéenne… Le temps n’était pas à la nostalgie, mère-grand n’était pas à la maison, mais l’encrier était en train de sécher dans l’appartement froid et vide : il fallait rentrer, et vite.

Cela dit la Banshee, bien que Banshee, est humaine, et si les charmes d’une paire de low boots ou d’un slim jaune pétard n’ont aucun effet sur elle, ce n’est pas le cas de cette grotte enchanteresse, de cette caverne d’Ali Baba qu’est Les filles à la vanille… Malgré les récriminations de sa mauvaise conscience, elle entra, et là ô merveilles, ô divins apparats, motifs écossais et dentelles, velours et froufrous ! A l’image de ses multiples trésors, les prix de même se faisaient enchanteurs, et c’est bientôt avec une robe en velours que la Banshee fut entraînée dans la cabine d’essayage. Le miroir souriait avec des allures de vampiresse, mais restait encore l’autre étage… Ô rage ! Ô désespoir ! Ô profusion ennemie ! Ce n’est pas un dilemme, mais un multilemme qui s’opposa alors à notre héroïne. Son dévolu se jeta cette fois sur cette robe violette aux finitions de dentelles et à la réduction alléchante. C’est encore en cabine que se poursuivit cette terrible histoire. Et le miroir cette fois souriait aux airs de sorceresse.

Ce fut alors, dans ce monde de futilités, un temps de réflexion. « Violet ? Velours ? Violet ? Velours ? Suis-je vampire ou sorcière ? Lusignan ou Biron ? (rah, ce Nerval …) Et je mettrais ça avec quoi ? Et si je prenais les deux ? Me faudrait un truc pour mettre en dessous en hiver quand même… Et si je prenais les deux ? J’ai assez pour les deux ? Les deux et le truc en-dessous ? Et si après je craque pour d’autres Docs ou des New Rock, j’aurai fatalement pas assez… Bon, j’ai déjà assez de chaussures comme ça remarque… De robes aussi en fait… Diantre, barrons-nous vite ! Ce lieu est maudit ! » En un ronron, elle jeta un dernier coup d’œil à la robe en velours, et s’en fut de ce lieu puant le souffre derrière les effluves sucrées de vanille.

La fièvre (acheteuse) ne la lâcha pas pour autant, et elle ne fut pas sitôt sortie qu’elle s’embarqua dans un Petit Bateau… Frustrée par son dilemme, elle se jeta sur une petite robe noire, à manches longues cette fois, comme ça, rien à mettre en-dessous ! (enfin si, des sous-vêtements, un peu de décence je vous prie) Elle réalisa cependant en cabine d’essayage que l’unique taille de la robe était en fait… Trop large. Ce temps perdu (ah non, pas encore Nerval (je ne confonds pas avec Proust, screugneugneu !)) la mit en rage, et c’est d’un pas décidé qu’elle rentra (chez elle) dans le Virgin. Vanitas, vanitas, omnia vanitas, ce n’allait pas être une robe qu’elle porterait tous les tremblements de terre qui la rendrait plus belle/intelligente/géniale/magnifique/divine/superbe/parfaite, tandis qu’un nouvel ouvrage n’allait pouvoir qu’agrandir encore sa culture grandissante. Sa quête du Dictionnaire Diablolique fut soldée (oui, les soldes, justement !) d’un échec : elle ne trouva en effet que le Dictionnaire Infernal, ce qui n’est évidemment absolument pas la même chose (pfeuh !). Elle dirigea alors ses pas vers le rayon « Forme », ayant grandement besoin de désennuyer sa lassitude. Mais voir tous ces trucs de régime et ces exercices d’abdos-fessiers la fatigua d’autant plus, et lui donna faim, de surcroît…
Elle rentra alors réellement chez elle, les mains dans les poches, le portefeuille plein et la culpabilité à son comble. La nuit était noire lorsqu’elle ferma la porte.

Tempus fugit.

Conclusion ?

Société de consommation de meeeeeeerdeuh !

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