Mois : avril 2009

Scolopande du soir, connard

Je ne vais pas fustiger l’amour. Non, l’amour est une belle chose si on lui enlève tous ces falbalas ridicules de cœurs à la con et de petits trucs mimi-cucul-la-guimauve qui transforment l’existence en monde de poneys magiques à paillettes-et-vas-y-que-je-te-vomis-dessus. Pour ne surtout pas entrer dans les clichés, je le dirais semblable à une rose (ben quoi, je ne vais pas le comparer à une cuvette de chiottes tout de même ! Dans le genre beau, on a vu mieux…), une rose aux pétales denses et riches, nuancés de couleurs plus ou moins profondes, mais au parfum volatile et léger. Parfois, la densité des pétales se fait labyrinthe ou cachot, on s’enivre de couleur à vouloir chercher le velours, et à trop vouloir saisir le parfum, on se frotte aux épines. Assez de poésie, je répète une vieille rengaine que tous les cœurs ont éprouvés et Ronsard avant moi déjà comptait fleurette en proposant à « mignonne » d’aller tâter la rosée en galipettes.

En amour, il y a soi, en amour, il y a l’autre. L’autre… Être fascinant s’il en est. Le danger des épines des roses (oui, je sais, j’ai dit qu’on oubliait ça, rhô), c’est qu’on les découvre après coup. On ne voit que la fleur, on veut s’en saisir, on ressent une douleur et ce n’est que là, après coup, que l’on voit saigner sa main. Et si on voit une autre fleur, c’est pas grave, on est assez con pour oublier les épines (heu… pardon, trop fasciné par les pataaaaales, blablabla et oh ! un poney arc-en-ciel !). Le danger de l’amour, c’est la fascination qu’exerce l’autre _l’obsession qu’exerce l’autre, tant et si bien que l’on oublie ce que l’on est pour mieux voir ce qu’est l’autre : on veut l’étudier, le sentir, le toucher, s’en saisir… Non, on ne peut pas être l’autre. On peut détruire toute volonté, toute personnalité, toute structure, adapter au mieux la main à la tige (la métaphore érotique n’est pas voulue T_T), mais la matière même finit par se déchirer au contact de épines et arrive un moment où la douleur est trop forte, où il faut s’arrêter et regarder sa main, se recentrer sur soi…

« Narcisse par amour s’est tué, il est vrai,
Mais pour toujours, je me reconnais dans ses traits. »

J’ai écrit ça quand ? Trois ans ? Plus ? Moins ? C’est moi le métronome ou c’est le genre humain ? Tic tac tic tac tic tac, je vais de moi à un autre, je vais à tac, reviens à tic, je ré-attaque, je récidive. J’aurais pu encore en écrire un poème, tiens ! Pour changer ! Une feuille de brouillon où je griffonne et rature ce que je montre à tous sans le dire et que j’enferme comme une autre frustration dans un classeur, avec les autres, en me disant que je publierai ça un jour comme une autre de ces auto-biographies chiantes de nombrilisme, sauf que celle-ci sera en rimes et en alexandrins… En somme, ce sera non seulement chiant mais chiantissime.
Je crois que je commence à sérieusement m’exposer séant. Si cela vous emmerde, retournez aux tests à la con de Facebook, je ne vous force pas à lire, mais il est agréable de s’étaler en écriture comme un mollusque. Je me plains et je me plais et me complais, je me roule dans un épais tapis de « moi, moi, moi, moi, moi » et débordant de moi, je vous en fait partager un morceau la bouche pleine et articule un élégant « t’en veux ? » qu’on comprend à peine. Mollusque oui, mais vous ne comprenez pas. Je me recrée une coquille, un manteau de « moi ». Ronron, ronron, ronron, moi moi moi, ronron, ronron, ronron, moi moi moi. Non, mais !
Si je suis pleine de moi, je serai moins pleine du reste. Moins vide donc moins dépendante des autres donc moins sensible au moindre choc qui s’enfooonce dans mon esprit invertébré. Moins de vide, donc moins besoin de se constituer un « moi » factice fait de bouffe, de bouffe, de bouffe et de gras. Je ne suis pas un boudin, je suis un squelette (et le premier qui dit que si, je suis un boudin, il s’en prend une). Un squelette à la fois fort et souple, consistant, constituant et complexe. Je suis des muscles, des muscles qui envoient et retiennent, qui pèsent et lancent, une énergie avec le sol en alliance. Enfin, et enfin seulement je suis une peau, un épiderme à l’air libre qui ressent et frissonne, qui caresse ou se laisse. Je vis de l’intérieur à l’extérieur et non l’inverse.


Quand j’aurai compris ça, ou du moins quand je l’aurai assimilé, la vie sera une danse.

[Photo ? J'ai décidé de faire une cure de moi. Moi. Et une dernière tenue de danse.]