Haussement d’épaules et battement d’ailes : une page se tourne

On nous avait pourtant prévenus… Deux ans qu’on l’attendait à travers des coups de stress et de stylos, deux ans qu’on se disait que ce n’étaient jamais que deux ans de sacrifiés dans notre existence, deux ans qui se terminent… Et on se sent con – et je me sens conne.Il y a deux ans, j’ai tout découvert. C’était le bac en poche pour plonger dans l’inconnu, et je crois que j’ai dû faire un plat : une grosse claque pour entrer dans le bain. Une ville inconnue, pleine d’inconnus – cette ville est à moi – un lycée inconnu plein d’autres inconnus – c’est ici que j’écris – la solitude de certains instants – et maintenant plus que pour d’autres. C’est ce qu’on appelle la nostalgie, je crois. Il y a deux ans, j’avais tout à découvrir, j’ai l’impression de mettre un chapitre de ma vie dans des cartons _des cartons et des cartons de livres dont je n’ai pas dû lire la moitié. J’ai tremblé en vidant mes tiroirs : je réalise que cette nuit sera la dernière à mon appartement… Retour à la case départ.

Nausée, vertige, les mots… Les mots ne me manquent pas, non, ils me submergent plutôt. Tous ceux que j’ai pu lire, entendre, prononcer pendant deux ans, tous ceux qui m’arrivent en vrac à présent… J’ai mal à la tête. Il faut dire que le temps est à l’orage. Je ne suis plus ici chez moi et m’en vais pour rentrer en cage – trois mois – pour arrêter de ne compter que sur moi-même, enfermée dans une seule ville, une seule maison, loin de tout ce/ux que j’ai connu, de tout ce que j’ai appris à connaître en deux années.

Des visages qui se voilent, des voix qui s’éteignent, des adieux qui résonnent et les souvenirs pour compagnie. Je reviendrai à Joffre, bien-sûr ! Les futurs khâgneux attendent avec impatience mon témoignage sur la vie en Erasmus – pubs, friends and rock&roll – si différente de la vie en prépa – oui, je sais, j’anticipe ><. Mais combien ai-je vu aujourd’hui, hier, il y a une semaine, pour ne jamais les revoir à nouveau ? Ce serait comme vivre un deuil, en même temps qu’une nouvelle vie dont, au loin, on apperçoit le seuil. Une page qui se tourne, un jour qui s’achève, un sablier qu’on renverse, que sais-je ?

I am the Cat who walks by himself, and all places are alike to me. Rudyard Kipling

Mais toujours est-il qu’on s’attache. A des gens, des profs, des lieux, des sourires… On en bave. Indéniablement. En prépa, on en bave, on en chie et ça nous sort par les trous de nez. En même temps… En même temps c’est unique, en même temps on se soutient, en même temps il y a des jours où on se sent bien, en même temps c’est une chose dont on se souvient. Toute sa vie il paraît. Tu es khâgneux, c’est bon, tu es dans la secte, marqué à vie par le virus des lettres.Ce soir, j’en reverrai certains. C’est mon dernier jour en khâgne, terminé dans un « passage to India »…

Au revoir, à bientôt, adieu… Et dans tous les cas, au plaisir ! – de vous connaître, de vous revoir…

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