Mois : avril 2010

Il y a du feu partout, vive le feu, vivent les fous

Pas pour rien que date limite se dit deadline dans le pays de par-ici… La ligne de la mort approche et je m’occupe plus de la setlist de ma marche funèbre que de la rédaction de mes oraisons shakespeariennes. Et si je finissais DJ, pas prof ou interprète ? C’est bien, DJ… Je ferai des soirées à trois pelés velus et deux tondus créteux dans une cave à vin, au milieu des vignes, et dans notre bacchanale, nous sacrifierons cruellement le canard confit aux dieux de la non-musique sur un fond d’indus ou de post-punk.Coqs coquets aux crêtes noires ou peroxydées, poissons humains dont les filets se déchirent, aux hameçons ancrés dans la peau des langues, des lèvres et des narines. D’un punk’s not dead poussiéreux s’élèveront d’autres hurlements, ceux que l’on cherche à enterrer sous des masses.

Let’s be monsters, set aside and pointed out,
Freed from their normality.
Let’s be artists and cry our liberty.

Assez déliré.

Au boulot Audrey, on inspire, on expire, on se fait craquer les doigts et on Shakespeare.

L’ennui est une peur de vivre

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure… Non, c’est faux, j’ai toujours été couche-tard, mais l’entrée en matière sonnait bien, non ? Quoi Proust ? Restez poli je vous prie, je vous dis Kafka moi ?! Et si j’arrêtais les jeux de mots aussi douteux que vaseux sur des noms d’auteurs, ce serait peut-être une bonne idée, qu’en pensez-vous ?

Maintenant il reste à entrer dans le vif du sujet… Quoique « vif » est un bien grand mot pour l’ennui. Symbole attitré : la larve. Peut cependant être substitué par la limace, le blaireau ou tout autre animal ayant pour particularité celle d’hiberner. Impression de sentir son séant partir en déliquescence sur son siège. Corps mou, cervelle molle, yeux éteints, le mot est lancé : vous vous faites chier.

Et pourquoi se fait-on chier, je vous demande ? Parce qu’on mange des fibres, me répondez-vous ? Ha ! Vous êtes drôle, vous rétorquè-je. Et sinon ? Des choses à faire, moult choses à faire, la vie en est remplie. Le temps qui avance, le temps qui presse, et plus l’on vit, plus il se fait pressant. Mais alors, qu’est-ce qu’il est long, le temps, quand l’ennui vient frapper à nos portes. On se traîne en voyant passer les minutes, on cherche quelque chose à faire, quelque chose à faire passer le temps pendant ce qu’on ne fait pas ce qui est à faire. Les écrans sont mortels. Comme des armes. Ils tuent le temps. Ce ne sont pas eux les assassins, cela dit. C’est nous. Nous qui menons notre précieux temps à sa perte, nous qui nous calons devant un téléviseur, un PC, appuyons sur un bouton, éteignons notre conscience des choses à faire. Pan !

Outre les yeux, la bouche aussi peut absorber le temps. Elle l’engloutit pour ne pas avoir à dire qu’il passe, le corps qui pourrait faire devient incapable, occupé : il digère les heures passées à se remplir et devient mou à l’instar des cervelles. L’ennui nous fait fondre, l’ennui nous paralyse, l’ennui nous étouffe à force qu’on l’engloutisse, l’ennui nous fait passer à côté de ce qu’est la vie.

Et la vie, c’est quoi au juste ? Un monde qui tourne. Avec lequel il faut tourner. Des gens qui vivent. Avec lesquels ils faut vivre. Ne rien faire, c’est se laisser porter par la course d’un autre. Ne rien faire, c’est voler le souffle de ceux qui vivent. L’offrir à sa fainéantise. Et ne pas être bien. Car ne rien faire, c’est sentir que la vie ne vaut rien. Laisser tourner le monde jusqu’à ce que son globe nous écrase. Laisser couler le temps jusqu’à suffoquer de secondes. S’ennuyer, ne rien faire, c’est attendre de n’être rien. Chercher à en prendre l’habitude. Le temps se dévore plus qu’il ne nous dévore et nous ramollit longuement.

Il faudrait être avant que d’être ombre.