Mois : mars 2011

A toi qui es obsédé par ton poids

Tout d’abord, je ne veux pas te blâmer. Je ne vais pas te jeter de pierre, d’autant plus qu’une obsession étant ce qu’elle est, tu ne peux pas t’en débarrasser. D’autant plus encore que je te ressemble. Et qu’ils sont beaucoup, ceux qui te ressemblent sans forcément (se) l’avouer.Toi qui es obsédé par ton poids, je sais bien ce que tu penses des gros. Des dondons qui s’empiffrent parce qu’ils ne savent pas manger. Des couch potatoesfainéants et mous qui se laissent porter par la culture trop populaire de la surconsommation. Et toi, tu n’es pas comme eux. Toi, tu vises le succès, dur comme un squelette ou un muscle d’athlète. Et tu as peur de leur faire des concessions. Parce qu’être tendre avec eux est la clé de ton échec. Et l’échec, ça te fait vomir. L’échec, c’est ta tête dans les chiottes et tes yeux plein de larmes.A toi qui es obsédé(e) par ton poidsÉcrire cet article me fait mal, parce que je suis comme toi. Mais force est de constater, force est de constater que ce n’est qu’un rêve. Et que tu es très bien comme tu es. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Je ne te connais même pas forcément…

J’ai une maman qui m’a bien éduquée, qui m’a tout dit du grand méchant loup graisseux. Quand tu lui tournes autour, même si c’est pour le narguer, il finit toujours par t’avoir. Alors laisse-le tranquille ! Ma maman, elle était très bien. Elle était comme toi et moi, elle a fait des régimes, elle a perdu du poids. Elle a réussi. Puis c’est revenu, plus vicieusement qu’avant. Ce n’est pas une couch potatoe, la preuve : elle a su réussir. Elle a réussi, elle a gagné. Des dizaines de kilos, elle a gagné.

Puis moi aussi, j’étais très bien. J’ai voulu échapper à la destinée de mes parents, être mince, me contre-foutre des prédispositions génétiques. J’ai réussi aussi. J’ai réussi à tyranniser mon quotidien et à tyranniser la cuisine d’autrui, à regarder le sucre, le pain blanc et le beurre comme des poisons de contre-bande. J’étais obsédée.

Tellement obsédée que j’ai fait des accords secrets avec mes pires ennemis. En cachette, je les faisais disparaître, disparaître de la maison, en cachette. De mon ventre à la cuvette. Puis ça s’est su, j’étais fatiguée de c(r)acher, j’en ai grossi de honte, j’étais en échec.

C’était il y a deux ans.

A toi qui es obsédé(e) par ton poids

Fin tragique, rideau ? Grosse à vie et témoignage désespérant pour toute les fans de régimes et plus encore ? Faim magique, je me re-retrouve à ne rien acheter au supermarché. Rien ne me fait envie, ou trop envie, je scrute les étiquettes et repose cette saloperie. Trop chère, trop grasse, trop sucrée, trop raffinée, trop animale, trop pauvre en protéines, trop pauvre en fibres… Moi, mon lait de soja, mes pommes et mes yaourts nature. Je suis une obsédée comme une autre. Si j’avais une solution miracle, ça se saurait.Et si, la solution, sans miracles aucuns, ce serait d’écouter ses tripes ? Faire comme on le sent et ne plus penser. Penser à autre chose, à rire, sortir, profiter de la vie. Faire ce qu’on aime, parce que non, au fond, la nourriture n’est pas l’unique plaisir sur terre. Se rendre compte qu’on est beau. S’embellir par la joie, parce que le sourire est la plus belle parure d’un visage. Et sans y penser, peut-être, se lester de ce qui nous obsède en même temps que de notre obsession.A toi qui es obsédé(e) par ton poidsQu’est-ce qui me fait dire ça encore ? Des études scientifiques sur les régimes – quel mot horriblement moche, on dirait qu’on parle de politique ! Vous savez très bien que toutes les formules miracles sont d’autres modes de surconsommation. Des diététiciens véreux qui s’enrichissent à vendre du rêve. Comme Elle, Marie Claire et leurs copines connasses.

Je vous invite très, très, TRÈS fortement à lire cette interview, parce qu’elle ne cherche pas à faire plaisir, et c’est pour ça qu’elle est sensée : Interview du docteur Zermati.

Courage l’ami. Et si c’est que je ne peux pas comprendre, que tu ne PEUX juste pas changer, je t’encourage fortement à faire une psychothérapie courte. Allez, les psys, comme dirait Didier Super, c’est comme les clochards, les pédés et certains jeunes : y’en a des biens. Et si tu ne comprends pas le dixième degré, tu es un con d’intolérant facho-nazi qui tue des chatons.

A toi qui es obsédé(e) par ton poids

Photos : x, x, moi, x