Stop running for your life and start to dance

Courir, courir, courir. A croire qu’ils n’ont que ce mot à la bouche. Je n’ai jamais compris pourquoi. Et je n’ai jamais aimé ça. Au sens propre comme au sens figuré. Que ce soit mon père qui me crie que j’allais être en retard du bas des escaliers ou la prof de sport de primaire qui nous faisait faire de l’endurance, cela m’a toujours fait horreur. Quelqu’un qui fait du jogging, ou l’image parfaite de l’individu sain et bien sous tous rapports, qui va se marier, mange des haricots verts (Raccoon spéciale kass-dédi wesh-wesh) et lit Guerre et Paix sans s’endormir dessus.

Courir, c’est faire des lignes droites. Se répéter encore et encore et ne penser à rien. Se faire du mal sans but. Se faire chier. De l’acharnement borné du troupeau qui court ensemble vers la même direction. L’imitation du chasseur préhistorique qui courait pour attraper sa proie, dépensait ses calories, n’était pas obèse.

Je dois être trop évoluée pour ça. Déjà, la viande, c’est pas ma tasse de thé. Puis quitte à être au cœur des âges, les rites, c’est plus joli. Que ce soit par animisme ou tourné vers le ciel, danser, c’est s’émerveiller de la création, remercier en créant.

Loin de la rengaine répétitive des muscles qui courent, le danseur fait des variations et joue de son corps au monde, choisit ses modulations et son énergie, il est le reflet d’une vie non-monotone où, lunatique, il passe de la violence à la douceur, du repos à la course et du saut à la chute. Nos vies ne sont pas des lignes droites qui mènent à la tombe, c’est un temps qui se courbe et serpente, ralentit et accélère, fait des retours sur soi, s’élance, et, à l’épuisement, arrête la danse.

Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens continuent de courir, on croirait qu’ils veulent mourir plus vite. Danser prend le temps de construire l’instant, de se partager avec la musique, de se partager avec le silence. Découvrir le monde dans son toucher, son soutien, son poids. Découvrir autrui dans son toucher, son soutien, son poids. Ça peut même ne pas être sérieux, voire tout à fait ridicule. Avez-vous déjà vu quelqu’un faire un jogging en n’étant pas sérieux, voire tout à fait ridicule ? Le joggeur manque de sens de l’humour, pour sûr. Il ne rit jamais, il n’est jamais triste. C’est une machine.

La danse est une émotion visuelle et sensuelle. Je dis peut-être ça parce que je suis romantique, il faudra d’ailleurs que je fasse un article pour expliquer ce que c’est, le romantisme, parce que ça n’a rien à voir avec les poneys à paillettes qui courent sous des arcs-en-ciel. Mais la musique est une émotion auditive, la peinture et la photo des émotions visuelles. Non, je n’ai pas dit que j’étais emo non plus, beware. Si je devais être un préfixe musical, je serais peut-être post, black, goth, dark, cold, doom et autres barbarismes peu joyeux, mais le emocore et ses copains, c’est pas forcément ce qui me flatte le plus les oreilles pour le très peu que j’en connaisse. Et voilà, je dis graisse. Vous imaginez un joggeur digresser vous ? Ben voilà, le joggeur il court, il va droit au but, et c’est tout ce qu’il fait ; quand je vous disais qu’il était chiant… Je ne vois pas pourquoi je devrais suivre des règles jusque dans mes loisirs, je file peut-être du mauvais coton, mais je n’aime pas filer droit : on manque trop de détails quand on file droit, on ne pense pas assez large, et je me sens toujours peinée de devoir faire de la condescendance auprès des esprits étroits – qui font du jogging.

Plait-il ? Mon obsession du jogging frise l’absurde ? Ah ? Quand je vous disais que je filais du mauvais coton, je ne sais plus ce que je dis. J’écris jusqu’à pas d’heure avec des doigts qui dansent sur le clavier, à dire des trucs qui se pètent la gueule, et ne rentre que très tard sous ma couette. C’est à dire que demain je cours, alors ce soir j’en profite. Le monde réel où on doit continuer à aller droit si on veut continuer à danser longtemps. Alors cette nuit, je suis absurde si je veux.

Le jogging, ça pue.

 

Photo : Martha Grahams

Et une pensée du fond du cœur à celle qui m’a dit il n’y a pas si longtemps de danser aussi pour mes tristesses.

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