La question qui tue

Analyse de scène quotidienne : la Drey prend le métro, dans les couloirs, un monsieur d’une cinquantaine d’année l’interpelle. Ici, plusieurs options se présentent à elle. La première qui vient à l’esprit est de faire semblant de ne pas entendre et de tracer sa route avec son casque sur les oreilles. La deuxième, qui vient après une réflexion faite de « c’est peut-être important » et de « c’est pas bien les préjugés, il a peut-être besoin d’un renseignement », est de s’arrêter et de prêter une oreille à la requête du quidam.On s’arrête, on enlève son casque, on lance un regard interrogateur, quand soudain, la question qui tue : « Est-ce que vous êtes gothique ? »

La question qui tue

L’affliction me lacère comme une balle en plein cœur : « Et tu viens m’importuner pour ça, manant ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je suis polie. « Mais qu’est-ce que vous pouvez bien en avoir à foutre ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je suis polie. « Non mais je vous demande si vous appartenez à la catégorie socio-culturelle « cinquantenaire bedonnant de classe moyenne qui regarde TF1 le dimanche », moi ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je n’ai pas assez de répartie.Alors, comme une fille polie et qui manque de répartie, je me suis énervée poliment contre les manies de mettre des étiquettes aux gens. Semblerait-il que nous appartenions tous à des catégories et que blablabla pourtant les boucles d’oreilles blablabla noir. Ah, ces gens qui vous posent des questions quand ils croient déjà avoir une réponse… C’est pour étaler sa graaande culture qu’il a posé la question ? « Regardez, j’ai reconnu en vous le code vestimentaire des ados fans de Marilyn Manson et Evanescence qu’on voyait à la TV il y a quelques années ! »… J’aurais peut-être dû lui offrir une médaille en fait… Sinon, c’était peut-être pour me faire la morale, me dire que la-vie-c’est-beau et qu’il ne faut pas être gothique comme ça… Ou alors pour me poser tout un tas de questions sur ce que je mange (du noir), la lessive que j’utilise (pour le noir) et si je me torche avec ce mâgnifique papier noir…

Enfin, ce fut une rare occasion de manifester mon existence contre une essence qu’on m’impose, et puisque l’enfer, c’est les autres, j’ai pris le parti de me barrer en courant après un « au-revoir » sec et angoissé. Oui, il m’en faut peu pour m’angoisser, j’ai horreur qu’on m’enferme où que ce soit. Même dans des jugements, oui, oui.

D’une part, je refuse le concept absolument artificiel de catégories humaines. J’estime que chacun a son histoire, son caractère, et que chercher à se définir de l’extérieur, que ce soit par une culture, une religion, un parti politique ou autre, c’est se mettre des bornes et se mentir.

D’autre part, le terme « gothique » employé à tort et à travers, et SURTOUT pour chercher à définir des individus m’horripile au plus haut point. Pour l’architecture, soit. Pour le genre littéraire des XVIII-XIXème siècles, soit. Pour un type de musique post-punk, ça passe. Pour un genre de métal très spécifique, ça passe. Pour les soirées/bars où l’on passe les musiques précédemment citées, soit, ça permet de savoir à quoi s’attendre (et encore…). Pour les boutiques de vêtements et accessoires répondant (plus ou moins) aux dress-codes de ces soirées, on frôle l’abus de langage, mais encore une fois, ça permet de savoir à quoi s’attendre. Mais pour des personnes…?! Je sais, il existe des tutoriels de maquillage « gothique », même des guides avec des marches à suivre pour le « devenir » mais, mais, mais… Mais il faut un sacré manque de personnalité tout de même, sans parler de la mauvaise foi.

La question qui tue

Alors oui, si on me prend de très loin et très superficiellement en me faisant passer un test pour ados affamés d’appartenances à des clans-et-plus-ça-emmerde-papa-et-maman-mieux-c’est, oui, il y a des chances que mon résultat soit « Tu es gothique ! Tes fringues sont sombres comme ton âme, tu as certainement une chauve-souris domestique et tu regardes la Famille Adams en prenant ton petit déjeuner. Mais au fond, tu es très gentil, même si tu fais peur. ».

Je suis un individu et je m’appelle Audrey, merci de votre compréhension.

Pour de plus amples explications sur le « cé koi un gotik ? » je vous invite à visiter ce blog.

Images : x, Jean-Paul Sartre (je sais, il fait peur.. il devait être gothique)
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