Histoire de faire « genre »

Je constate avec affliction que de nombreux produits destinés à un public féminin ne sont ni pratiques, ni confortables. Exemple : les sacs.

Des années que je fais des essais avortés de sacs à main, sacs à épaule et autres trucs un peu prout-prout pour faire croire que je suis une adulte et pas une ado attardée… Et je reviens toujours à mon fidèle Eastpack édition 2002 qui me donnait l’air super-cool quand j’étais en quatrième. Raison 1 : je fourre tout ce que je veux dedans, raison 2 : il ne me nique pas le dos/le bras/la main quand je le porte longtemps. Mais je sens quand même un décalage entre mon statut de pseudo-adulte et les trucs tro-dark-delamor que j’ai dessinés/cousus dessus début lycée.

Prise d’un élan de conformisme (caca-le-mot), je me mets en quête de gros sac à dos assez sobre qui me permettrait de caser un peu tout ce dont j’ai besoin entre 10h et 19h (cours, PC, pitance, thermos de café, bouteille d’eau…). Bref, un sac classe, confortable et pratique.

Devinez quoi : ce sac n’existe pas dans la section « femme » des maroquiniers ! On en trouve rayon « homme », rayon « jeune et scolaire » avec la mention « parfait pour collège et lycée » (et quand ça fait plus de quatre ans qu’on a le bac, on fait quoi ?), et rayon femme : nada. Personnellement, je ne suis pas du genre à me gêner pour piocher dans les vêtements et accessoires pour homme ou enfant du moment que j’y trouve mon bonheur, mais pour des individus féminins lambda, il y a un message implicite qui a tendance à me titiller quelque peu les nerfs…

Mesdames, mesdemoiselles, soyez belles, soyez classes, ayez des affaires non-pratiques et bousillez-vous la santé, je vous prie.

Histoire de faire "genre"

J’ai pris l’exemple des sacs parce que c’est celui qui m’est venu en premier, mais j’aurais aussi bien pu parler des chaussures, des cheveux, du maquillage, de l’obsession du poids et de l’épilation. Il faut souffrir pour répondre aux normes esthétiques d’aujourd’hui quand on est une femme. Les stéréotypes du genre féminin m’énervent, parce qu’ils sont contraignants, et nécessaires pour être bien considérée comme femme.

J’ai grandi comme une petite fille, avec tout ce que ça implique comme influences de la part de la société qui m’entoure, et j’ai beau me répéter qu’on est tous des êtres humains avant d’être des hommes et des femmes, que je suis un individu à part entière bien avant d’être une femme, rien n’y fait : le féminin continue de me définir avant tout. Parce que pour me plaire à moi-même et pour la reconnaissance sociale, j’ai besoin de ressembler à du féminin – et ça ne passe pas que par les proéminences pectorales et l’appareil reproductif : il y a une manière d’être et de paraître.

Quand j’y pense – et c’est peut-être con, mais je viens juste d’y penser : c’est peut-être aussi en partie parce que je suis hétéro. Pourquoi mettre autant d’accent sur les genres si ce n’est pas pour que l’un se différencie de l’autre et fasse ainsi valoir sa compatibilité sexuelle ? Si on schématise : moi femme, toi homme, nous pouvoir [aller cueillir des fleurs ensemble et courir après des papillons]. Dans les jeux de séduction, on n’est pas seul (c’est un peu le principe, je vous l’accorde), et pour plaire à la plupart des hommes hétéros qui, eux aussi, ont grandi comme des petits garçons dans une société qui leur offre des codes pour correspondre au genre masculin, il faut ressembler à du féminin et correspondre à ses codes comme on peut.
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Conclusion : effectivement, la vie est plus simple avec une b*te.

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[Edit] Une amie m’a fait une réflexion pertinente vis-à-vis de l’article, je tenais à la publier ainsi que sa réponse afin de compléter le propos :

Je suis d’accord avec le fait que pour être femme, il faut correspondre à certains critères. Par contre, je ne suis pas d’accord avec la conclusion. Je ne pense pas que la vie d' »homme » soit plus simple. Eux aussi doivent vivre avec des critères du genre « fort », « protecteur », « viril », etc.. Or ils ont peut-être envie d’être faibles, protégés et pas forcément virils. Mais à ce moment là, on tombe direct dans des clichés ;) A mon avis, au final, homme ou femme, aucun n’a vraiment la vie facile en société.

J’avoue que j’ai un peu bâclé la fin, j’aurais pu approfondir la réflexion, mais je pense que j’en aurais eu pour toute la nuit, et j’avais normalement cours ce matin (ça m’a valu une petite promenade matinale dans le métro, à la fraiche comme ça, ça fait du bien, c’est sympâ). Enfin, oui, je suis d’accord, on demande aussi aux hommes de répondre à des normes, on leur accorde moins de fantaisies vestimentaires, et il faut qu’ils se montrent forts, virils, protecteurs etc selon les stéréotypes.

Cependant, cela ne concerne que le caractère et pas tant l’apparence. Les femmes aussi sont sensées se conformer à des normes pouvant être « handicapantes » au niveau du caractère et des comportements (dépendante, fragile et douce chose à la voix cristalline et aux gestes élégants, une vraie poupée de verre) ; cela va certes de mieux en mieux, des femmes arrivent à montrer qu’elles savent être autre chose qu’un objet reproductif et décoratif, elles sont chefs d’entreprises, ministres, médecins, et ça ne choque plus en France (enfin.. j’espère que ça ne choque plus !), mais je remarque quand même un comportement un peu schizophrène de la société à leur égard : on admire les Wonderwomen des temps modernes qui savent briser les vieux codes patriarcaux, et en parallèle, on vante tout ce qui est contrainte, obstacle, qui vise à les remmener à leur état décorativo-reproducteur.

Je n’ai pas dit que la vie était tout à fait rose pour la condition masculine non plus – puis j’avoue manquer quelque peu d’expérience personnelle à ce propos (ça rassurera Troff de le savoir xD) – mais sachant que les deux genres subissent des contraintes comportementales, et que c’est au féminin de se taper le pas-pratique-pas-confortable-mais-joli, je maintiens ma conclusion : la vie est plus simple quand on nait avec son appareil génital à l’extérieur.

[Edit 2] : Dialectique est mère de pensée

La pression est là pour les deux sexes, et comme tu dis plus marquée pour les femmes en ce qui concerne l’apparence. Il y a des points sur lesquels je serais partante pour être un homme. Mais d’un autre côté, je pense que les femmes sont souvent plus exigeantes avec les hommes que l’inverse. On en parlait l’autre jour, souvent les femmes ont besoin d’admirer les hommes, pour être avec. Alors que les hommes pas forcément. Ce qui d’une façon rabaisse la femme, je suis d’accord, mais moins de pression sur l’intellectuel que sur le physique (quoique ça change aussi), même si c’est triste à dire…

Pas forcément, j’ai été avec des types que je méprisais (oui, bon, ok, cas à part), et même pour Christophe, j’ai énormément d’estime pour lui, mais je ne le regarde pas comme un Dieu vivant (no offense), je sais qu’il a des qualités et des défauts et le traite plutôt comme un égal. Je pense que c’est normal pour tout et pas forcément les relations de couple : on doit reconnaître à quelqu’un des qualités et l’estimer pour être ami avec, et l’amour va de même, c’est plus une question de compatibilité que de pied d’estal (qui est d’ailleurs fort malsain).
Enfin, je reviens sur ce que tu as dit exactement : « souvent » pour les femmes et « pas forcément » pour les hommes… Ce ne serait pas du bonnet blanc et du blanc bonnet que tu nous fais là ?

Histoire de faire "genre"

Disons que oui, encore une fois, il existe dans les stéréotypes cette relation quasi-hiérarchique dans les relations homme-femme au sein d’un couple, ce qu’on appelle le modèle patriarcal en fait (l’homme aux rennes, et la dame qui passe de la gouvernance du père à celle d’un mari – ce qui passe par le changement de nom et le changement de mademoiselle à madame (non, ce n’est pas anodin !)). Si on suit le schéma couple-classique-des-années-50, monsieur part au travail comme il partait chasser jadis : la femme exige de lui qu’il soit intelligent, brille en société, ramène de l’argent au foyer. Mais monsieur aussi a ses exigences : madame doit être un joli faire-valoir pour justement l’aider à briller en société, s’occuper de son confort personnel et de sa descendance. Quelle situation stéréotypée est à envier le plus, franchement ?

Aujourd’hui, ça a un peu changé, certes, enfin, en surface j’ai envie de dire (cf cet article), mais les bons vieux schémas restent ancrés dans les têtes et les comportements de façon plus ou moins consciente : on sur-admire l’homme, on attend énormément de lui, et on se rabaisse en parallèle, à penser qu’on n’atteindrait jamais son niveau. Enfin, un schéma qui crée plein de super-névrosés, si c’est pas super ! :D

Les stéréotypes sur les genres ne mettent certes pas de pression intellectuelle sur les femmes (pourquoi dire « se vider la tête » en lisant un magazine féminin alors ? La lecture n’est-elle pas au contraire sensée la remplir ?), mais la société moderne, si ! Une femme aujourd’hui doit briller sur tous les plans et hommes et femmes se partagent le monde, les décisions et les pensées. Les hommes continuent de suivre les schémas de toujours, et les femmes jonglent avec les deux.

Histoire de faire "genre"

Je tombe à coup sûr trop dans les stéréotypes, mais je suis déchirée entre les deux idées. Je parle pour moi et non de façon générale.
Certes, j’ai envie d’être indépendante, de gagner ma vie par mes propres moyens et de ne pas idolâtrer mon copain/mari. Mais d’un autre coté, je garde presque la mentalité du début du siècle dernier, la femme au foyer (que je ne veux en aucun cas devenir) qui admire son mari, s’occupe de tout ce qui est en rapport avec l’intérieur. C’est ridicule, mais la femme totalement émancipée avec le partage égal à tous les niveaux, ça sera probablement pas moi. Je ne serais ni Julia Roberts, ni Kirsten Dunst (« le sourire de mona lisa »). Un peu tendance conservatrice au fond tout de même je l’avoue ;) Pas que j’en sois contente non, je préfèrerais être plus moderne a ce niveau la et du coup plus détachée aussi, mais ça marche pas :D

Je comprends tout à fait, et j’avoue que je serais sûrement un peu pareille si je n’étais pas tombée sur des connards qui ont cherché à me descendre (consciemment ou non) pour s’assurer de la présence de leurs organes génitaux. Pendant trois ans et demi, j’ai eu tout le loisir de constater l’absurdité de ces situations et d’avoir la présence d’esprit de ne jamais vouloir les revivre. Certes, je ne suis plus une ado, je suis moins fragile et manipulable qu’à l’époque, mais je pense que pas mal de filles et de femmes qui n’auraient pas vécu ça ne se rendent pas compte de la situation, de combien on leur crée des besoins d’être « dirigées », elles, les hystériques (de « utérus », je le rappelle), et de combien il est injuste qu’un homme se sente si supérieur à côté d’elles.

Ça m’effraie, mais je tomberai peut-être aussi dans le panneau que je le veuille ou non, parce que la société éduque les hommes et les femmes en leur proposant des modèles (dans les manuels scolaires, dans les publicités, les films, les séries, voire chez eux) où l’on continue de suivre de vieux schémas et que j’ai été « conditionnée » comme les autres. Je crois qu’on est un peu toutes déchirées entre les deux idées à cause de ça, mais mon expérience personnelle me pousse cependant à dénoncer les aberrations et à essayer de faire évoluer les mentalités si je le peux.

Images : Danny Stygion, robe (si, si) Marriage par Yves Saint Laurent, Adam Huges, Eyrieslove1 et Distemper
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