Mois : janvier 2013

Je suis rentrée d’Indochine hier matin, et j’en reviens toujours pas

J’ai une confession à faire. Mes pairs, pardonnez-moi car j’ai péché. Quoique je dise, quoique je pense, l’histoire est toujours la même : j’ai beau les vomir certains jours, je vis une relation passionnelle avec le groupe Indochine.

Ca y est, vous avez fini de rire derrière votre écran, c’est bon ? Oui, j’ai 23 ans. So what ? Nicola Sirkis il en a trente de plus et il se prend toujours pour une fille de quinze…

Tout a commencé… Non, tout a vraiment commencé en 2002. Mais ce n’est pas la question. Tout a commencé avec les teasers que ces saligauds ont faits du prochain album.

Voilà. Il ne m’en fallait pas plus pour être totalement gaga. Ce sample, c’est un peu tout ce que j’aime chez Indochine, cette atmosphère inimitable, à la fois fraiche, poétique, légère, et teintée de la nostalgie d’un Orient fantasmé. Sans rire, il m’a suffi cette vidéo pour que je saute partout en poussant des petits cris hystériques. Non, je n’ai pas eu une poussée d’acné en même temps, pourquoi ?

Et puis Sa Sainteté Youtube a diffusé le premier morceau aka Memoria. Quelques notes d’orgue électronique. Jusque là, tout va bien. Et puis, la voix sur-mixée de Nicola arrive : « J’arriiiiiiiiiiiiiiiive […] ». Là, ma tête a explosé. C’est… FAUX ! Il chante faux, faux, faux, ça fait mal aux oreilles, ça donne envie de lui répondre que non, en fait il peut rester où il est. Je vous laisse juger par vous-même :

En laissant le morceau tourner, parce que oui, je suis végé, féministe, trVevild4rk666, fan d’Indochine ET masochiste, je découvre avec affliction les paroles. Celles-ci m’évoquent en effet une des choses les plus nauséabondes qui soient : le premier amour, celui qu’on a envie de laisser loin derrière soi, qu’on méprise profondément, dont on a arraché la page, et qui a terminé au fond d’une fosse septique. Revenir, recommencer, se souvenir, pardonner, oublier, un jour, près de toi, vieillir, je ferai tout pour… Mais.quelle.horreur. Vade retro. Loin. Hors de ma vue. Shhh, shhh. Vilain. Pas beau. Bref, je crois que vous avez saisi l’idée.

Pour moi ce morceau était un hymne au passé, une incitation à toutes les fans de 12 ans (et plus) de s’accrocher à Kévin, qui leur a brisé le cœur et qui va revenir tout penaud pour toujours, comme Nicola Sirkis il a dit. Du haut de mon grand âge et de mon psyché de femme mature, je rejette fort et loin un tel discours qui tend à empêcher des jeunes femmes de s’épanouir en les attachant à des relations destructrices et sans avenir. Il se trouve en fait que j’étais à côté de la plaque.

indokiss

Comme toujours avec Indochine, les histoires commencent par une déception, un rejet total. Ça s’est passé comme ça, en 2002. Il m’a fallu un an pour m’y faire. Puis ça a recommencé avec Alice et June, l’album où Indochine a compris qui était son public et a joué à fond la carte du « je suis un ado mal dans ma peau ». Ensuite, il y a eu la sortie de Little Dolls, l’incompréhension, puis l’adhérence totale : La République des Météors, c’était ma vie en khâgne – pas hyper folichonne, mais soit. Je continue quand même à tiquer sur des paroles du genre « le métal en Lorraine, le sexe à la pelle », parce que , j’avoue, je ne vois pas le rapport, mais bon si ça leur fait plaisir…

Et voilà, ça recommence avec Memoria : je me suis réveillée un beau matin avec le refrain dans la tête, l’envie de l’écouter. Encore. Encore. Encore. Ces mecs foutent un truc dans leurs morceaux. Ils t’attrapent à l’adolescence, tu abuses honteusement de leur substance, et puis tu as beau t’en défaire, ils se rappellent à toi, indéfiniment. Indochine, ça fait partie de moi. Indochine, c’est un peu comme avoir un cousin qui fait du tuning : on a beau vouloir l’oublier, on fait quand même partie de la même famille, et au fond, tout au fond, on l’aime bien (mes cousins et cousines sont des gens très respectables).

Indochine et moi, c’est 5 lives, 4 t-shirts, 4 posters, 3 DVDs, 17 CDs et plus de 10 ans de vie commune. Certes, ce sont de bons businessmen, preuve en est la liste qui précède, mais quelque part, ils sont touchants. Indochine, c’est l’éternelle adolescence, celle qui nous a construits tels que nous sommes, celle qu’on a rêvé, celle qu’on rêve encore avec nostalgie.

Et Memoria dans tout ça ? Memoria, ce n’est pas une chanson d’amour. Je l’ai compris en la fredonnant, en me souvenant ce que c’était qu’Indochine. Memoria, c’est le discours d’un homme qui a perdu son double il y a plus de 10 ans. C’est une lettre à un frère mort, un jumeau, c’est un hommage à Stéphane Sirkis. Et là, ça me touche. Memoria, c’est une histoire personnelle qui nous touche tous. On a tous vécu des deuils, on en vivra tous. Comme l’adolescence et la sexualité qu’ils ont surexploités, ils traitent ici d’un des thèmes qui fait la condition humaine. Ce qui était faux, faux, faux, devient sincère. J’adore ce morceau.

Indochine, ce sont mes éternelles bitter sweet symphonies, une relation d’amour-haine qui n’est décidément pas prête de se terminer. Non, ce n’est pas sans honte. Au fond, qui n’a pas honte de son adolescence ?

indo

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