Catégorie : Des mots qui dansent

Nuits sans sommeil

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Concert Xeno&Oaklander, Leipzig 2016

Nuits sans sommeil aux partages de solitudes,
Je vous salue
Du plus bas de mes yeux creusés,
D’aussi loin que se souviennent nos turpitudes,
Et vous envoie,
Jetés en l’air, quelques baisers.
Solitudes plurielles, belles âmes perdues,
Je vous retrouve
Et vous emboîte quelques pas
De danses enivrées, sans contrôle, éperdues.
Nuits sans sommeil
Aux aubes bien trop silencieuses,
Semblables à ces histoires tant de fois relues,
Je vous revois
Comme une amante délicieuse
Reçoit non sans tendresse ce que tant réprouvent.
Jours sans réveils
Aux yeux embués de cruelles
Absences ; jours inutiles, je ne vous salue pas
Et attends d’autres nuits à danser de plus belle.

Ethel’

Stop running for your life and start to dance

Courir, courir, courir. A croire qu’ils n’ont que ce mot à la bouche. Je n’ai jamais compris pourquoi. Et je n’ai jamais aimé ça. Au sens propre comme au sens figuré. Que ce soit mon père qui me crie que j’allais être en retard du bas des escaliers ou la prof de sport de primaire qui nous faisait faire de l’endurance, cela m’a toujours fait horreur. Quelqu’un qui fait du jogging, ou l’image parfaite de l’individu sain et bien sous tous rapports, qui va se marier, mange des haricots verts (Raccoon spéciale kass-dédi wesh-wesh) et lit Guerre et Paix sans s’endormir dessus.

Courir, c’est faire des lignes droites. Se répéter encore et encore et ne penser à rien. Se faire du mal sans but. Se faire chier. De l’acharnement borné du troupeau qui court ensemble vers la même direction. L’imitation du chasseur préhistorique qui courait pour attraper sa proie, dépensait ses calories, n’était pas obèse.

Je dois être trop évoluée pour ça. Déjà, la viande, c’est pas ma tasse de thé. Puis quitte à être au cœur des âges, les rites, c’est plus joli. Que ce soit par animisme ou tourné vers le ciel, danser, c’est s’émerveiller de la création, remercier en créant.

Loin de la rengaine répétitive des muscles qui courent, le danseur fait des variations et joue de son corps au monde, choisit ses modulations et son énergie, il est le reflet d’une vie non-monotone où, lunatique, il passe de la violence à la douceur, du repos à la course et du saut à la chute. Nos vies ne sont pas des lignes droites qui mènent à la tombe, c’est un temps qui se courbe et serpente, ralentit et accélère, fait des retours sur soi, s’élance, et, à l’épuisement, arrête la danse.

Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens continuent de courir, on croirait qu’ils veulent mourir plus vite. Danser prend le temps de construire l’instant, de se partager avec la musique, de se partager avec le silence. Découvrir le monde dans son toucher, son soutien, son poids. Découvrir autrui dans son toucher, son soutien, son poids. Ça peut même ne pas être sérieux, voire tout à fait ridicule. Avez-vous déjà vu quelqu’un faire un jogging en n’étant pas sérieux, voire tout à fait ridicule ? Le joggeur manque de sens de l’humour, pour sûr. Il ne rit jamais, il n’est jamais triste. C’est une machine.

La danse est une émotion visuelle et sensuelle. Je dis peut-être ça parce que je suis romantique, il faudra d’ailleurs que je fasse un article pour expliquer ce que c’est, le romantisme, parce que ça n’a rien à voir avec les poneys à paillettes qui courent sous des arcs-en-ciel. Mais la musique est une émotion auditive, la peinture et la photo des émotions visuelles. Non, je n’ai pas dit que j’étais emo non plus, beware. Si je devais être un préfixe musical, je serais peut-être post, black, goth, dark, cold, doom et autres barbarismes peu joyeux, mais le emocore et ses copains, c’est pas forcément ce qui me flatte le plus les oreilles pour le très peu que j’en connaisse. Et voilà, je dis graisse. Vous imaginez un joggeur digresser vous ? Ben voilà, le joggeur il court, il va droit au but, et c’est tout ce qu’il fait ; quand je vous disais qu’il était chiant… Je ne vois pas pourquoi je devrais suivre des règles jusque dans mes loisirs, je file peut-être du mauvais coton, mais je n’aime pas filer droit : on manque trop de détails quand on file droit, on ne pense pas assez large, et je me sens toujours peinée de devoir faire de la condescendance auprès des esprits étroits – qui font du jogging.

Plait-il ? Mon obsession du jogging frise l’absurde ? Ah ? Quand je vous disais que je filais du mauvais coton, je ne sais plus ce que je dis. J’écris jusqu’à pas d’heure avec des doigts qui dansent sur le clavier, à dire des trucs qui se pètent la gueule, et ne rentre que très tard sous ma couette. C’est à dire que demain je cours, alors ce soir j’en profite. Le monde réel où on doit continuer à aller droit si on veut continuer à danser longtemps. Alors cette nuit, je suis absurde si je veux.

Le jogging, ça pue.

 

Photo : Martha Grahams

Et une pensée du fond du cœur à celle qui m’a dit il n’y a pas si longtemps de danser aussi pour mes tristesses.

Fée, fantôme ou sorcière

 Fée, fantôme ou sorcière

Banshee, that’s what I am. Banshee, Bacchante, all the same : fée, fantôme ou sorcière, qui donc cela importe ? Celle qui crie, celle qui écrit, celle qui danse et celle qui tombe, celle qui s’y lance ou qui reste – silence – logorrhée enthousiaste, celle qui parle et parle et ne se tait qu’à la fin, à la bile de son stylo à bille quand il en finit d’écrire et vomir.Se faire un sang d’encre pour de faux : c’est des pixels, c’est des pixels, ce n’est plus elle, ne plus faire corps,

ne plus faire corps et

accrocher

à la toile un bout de sa folie.

-s’arracher-

Scolopande du soir, connard

Je ne vais pas fustiger l’amour. Non, l’amour est une belle chose si on lui enlève tous ces falbalas ridicules de cœurs à la con et de petits trucs mimi-cucul-la-guimauve qui transforment l’existence en monde de poneys magiques à paillettes-et-vas-y-que-je-te-vomis-dessus. Pour ne surtout pas entrer dans les clichés, je le dirais semblable à une rose (ben quoi, je ne vais pas le comparer à une cuvette de chiottes tout de même ! Dans le genre beau, on a vu mieux…), une rose aux pétales denses et riches, nuancés de couleurs plus ou moins profondes, mais au parfum volatile et léger. Parfois, la densité des pétales se fait labyrinthe ou cachot, on s’enivre de couleur à vouloir chercher le velours, et à trop vouloir saisir le parfum, on se frotte aux épines. Assez de poésie, je répète une vieille rengaine que tous les cœurs ont éprouvés et Ronsard avant moi déjà comptait fleurette en proposant à « mignonne » d’aller tâter la rosée en galipettes.

En amour, il y a soi, en amour, il y a l’autre. L’autre… Être fascinant s’il en est. Le danger des épines des roses (oui, je sais, j’ai dit qu’on oubliait ça, rhô), c’est qu’on les découvre après coup. On ne voit que la fleur, on veut s’en saisir, on ressent une douleur et ce n’est que là, après coup, que l’on voit saigner sa main. Et si on voit une autre fleur, c’est pas grave, on est assez con pour oublier les épines (heu… pardon, trop fasciné par les pataaaaales, blablabla et oh ! un poney arc-en-ciel !). Le danger de l’amour, c’est la fascination qu’exerce l’autre _l’obsession qu’exerce l’autre, tant et si bien que l’on oublie ce que l’on est pour mieux voir ce qu’est l’autre : on veut l’étudier, le sentir, le toucher, s’en saisir… Non, on ne peut pas être l’autre. On peut détruire toute volonté, toute personnalité, toute structure, adapter au mieux la main à la tige (la métaphore érotique n’est pas voulue T_T), mais la matière même finit par se déchirer au contact de épines et arrive un moment où la douleur est trop forte, où il faut s’arrêter et regarder sa main, se recentrer sur soi…

« Narcisse par amour s’est tué, il est vrai,
Mais pour toujours, je me reconnais dans ses traits. »

J’ai écrit ça quand ? Trois ans ? Plus ? Moins ? C’est moi le métronome ou c’est le genre humain ? Tic tac tic tac tic tac, je vais de moi à un autre, je vais à tac, reviens à tic, je ré-attaque, je récidive. J’aurais pu encore en écrire un poème, tiens ! Pour changer ! Une feuille de brouillon où je griffonne et rature ce que je montre à tous sans le dire et que j’enferme comme une autre frustration dans un classeur, avec les autres, en me disant que je publierai ça un jour comme une autre de ces auto-biographies chiantes de nombrilisme, sauf que celle-ci sera en rimes et en alexandrins… En somme, ce sera non seulement chiant mais chiantissime.
Je crois que je commence à sérieusement m’exposer séant. Si cela vous emmerde, retournez aux tests à la con de Facebook, je ne vous force pas à lire, mais il est agréable de s’étaler en écriture comme un mollusque. Je me plains et je me plais et me complais, je me roule dans un épais tapis de « moi, moi, moi, moi, moi » et débordant de moi, je vous en fait partager un morceau la bouche pleine et articule un élégant « t’en veux ? » qu’on comprend à peine. Mollusque oui, mais vous ne comprenez pas. Je me recrée une coquille, un manteau de « moi ». Ronron, ronron, ronron, moi moi moi, ronron, ronron, ronron, moi moi moi. Non, mais !
Si je suis pleine de moi, je serai moins pleine du reste. Moins vide donc moins dépendante des autres donc moins sensible au moindre choc qui s’enfooonce dans mon esprit invertébré. Moins de vide, donc moins besoin de se constituer un « moi » factice fait de bouffe, de bouffe, de bouffe et de gras. Je ne suis pas un boudin, je suis un squelette (et le premier qui dit que si, je suis un boudin, il s’en prend une). Un squelette à la fois fort et souple, consistant, constituant et complexe. Je suis des muscles, des muscles qui envoient et retiennent, qui pèsent et lancent, une énergie avec le sol en alliance. Enfin, et enfin seulement je suis une peau, un épiderme à l’air libre qui ressent et frissonne, qui caresse ou se laisse. Je vis de l’intérieur à l’extérieur et non l’inverse.


Quand j’aurai compris ça, ou du moins quand je l’aurai assimilé, la vie sera une danse.

[Photo ? J'ai décidé de faire une cure de moi. Moi. Et une dernière tenue de danse.]

Entrez dans la danse

Les arbres dansent

Certaines nuits, il semble que les arbres dansent
Ensemble sur la douce musique du vent :
Ils laissent bercer et bougent sans trop de sens
Leurs branches de gauche à droite, d’arrière en avant.

Si elles s’ancrent et s’appuient au plus profond du sol,
Ces danseuses géantes toutes de bois faites,
C’est pour s’élancer à la rencontre d’Éole
Et caresser le ventre des cieux de la tête.

Aimant prendre des poses aux aspects tortueux,
Elles se tordent et étirent loin leurs très longs doigts,
Elles semblent se mouvoir d’un moyen mystérieux
Et nous fascinent sans en demander le droit.

Ô dryades, je vous sais ici bien vivantes
Quand avec grâce se meuvent vos corps entiers
Et qu’avec eux, dans la forêt, mon âme errante
Danse de la tête et s’appuie sur ses deux pieds.

Etheldrède

La danse… Voici un bien vaste sujet ! Si je me laissais aller à la fainéantise, je vous citerais mon amie la femme de la forêt qui va sauver des pingouins en Antarctique : Emmanuelle Kant (cf l’article sur le sommeil) en disant que la danse est une chose qui ne se prouve pas mais s’éprouve et m’en irais boire du thé en feuilletant des catalogues ou du moins quelque chose ne requièrant pas une très grande activité cérébrale. Néanmoins, étant assez maniaque, bien que l’on puisse en douter si l’on observe ma chambre certains jours, je ne peux me permettre de bâcler un article, et encore moins un article traitant de la danse !
Alors, courageusement, je me saisis de mon clavier comme d’une épée et m’en vais retranscrire en mots ce qui s’exprime habituellement par le corps… Exprimer ?! Là vous repensez à la dernière fois que vous avez vu l’abruti de votre classe bourré en boîte et vous demandez sérieusement ce que son remake de la Danse de canards à la sauce Macarena pouvait bien exprimer… Disons que c’est un art qui revêt plusieurs formes et que certaines sont plus riches et lourdes de sens que d’autres… Un peu comme Charles Baudelaire et Yves Bonnefoy en poésie, vous saisissez ? L’un est un maître incontesté, et l’autre… Bref.

La danse forme un langage dont le sens varie selon la façon dont elle se ressent. Ce sont avant tout les émotions qui se communiquent : la danse entre par les yeux, la musique par les oreilles et on se retrouve ainsi à danser de l’âme avec le danseur, on sent la danse plus qu’on ne la comprend. C’est pour ceci, je pense, que cette dernière a été diabolisée par l’Eglise, vue tantôt lubrique, tantôt macabre, la danse est une communion de soi à soi, de soi aux autres, de soi au monde. Danser, c’est sentir son squelette s’articuler, danser c’est se laisser posséder par la musique, danser c’est sentir son poids sur le sol et sa peau dans l’espace, c’est devenir un univers…

Chacun a sa façon de voir la danse, chaque danseur y a une relation privilégiée, elle vient de façon unique, comme un nom que l’on met sur un visage, avec une énergie, une intention et une qualité toujours différente et toujours nouvelle. Enfin… C’est du moins la façon dont je vois la chose : cela fait onze ans que je fais de la danse contemporaine, et si l’on omet les quelques pas de rock expérimentés de temps à autre avec mon frère, ceux de salsa appris à la va-vite pour le délire dans un camping hongrois, les stages de torture… heu… danse classique, pardon, et ceux de capoeira, je n’ai jamais fait que ça.

La danse contemporaine a cela de particulier qu’elle offre une marge de liberté assez large en ce qui concerne la création : des éléments du décor peuvent être exploités, de même que les costumes, ou encore la voix ; rien n’est vraiment imposé si ce n’est la relation du danseur à l’univers. Alors que le danseur classique est plutôt aérien, le danseur contemporain s’enfonce dans le sol… Les jambes se plient, les pieds s’étalent et le corps s’étire, se courbe, s’enfonce, se vautre, se tend, s’élance… De même, rien n’est gratuit en danse contemporaine. Si l’on observe nos vies, tout acte n’a-t-il pas une cause ? Une intention ? La danse contemporaine est l’expression du quotidien, et ainsi un mouvement ne se fera jamais dans le vide, il marquera à chaque fois une volonté et une conséquence. Cela dit, diverses influences peuvent s’y retrouver, ainsi le contemporain peut piocher des éléments dans le classique, les danses de salon, le théâtre, les arts martiaux, les danses ethniques,… Bref, partout où le corps s’exprime sans jamais y tomber totalement. Pour ce qui est de la différence contemporain/moderne, [edit : novembre 2011] elle est premièrement historique : le contemporain découle du classique et s’y oppose, le moderne fait partie de la mouvance jazz. Le grand jeu du contemporain est cependant de briser les frontières, quitte à se trouver parfois aux limites de la danse. Voilà pourquoi il est si difficile de le définir, et voilà pourquoi j’ai voulu écrire ces quelques précisions, en espérant qu’elles aient pu vous éclaires sur la question.