Catégorie : Nombrilisme

Je suis rentrée d’Indochine hier matin, et j’en reviens toujours pas

J’ai une confession à faire. Mes pairs, pardonnez-moi car j’ai péché. Quoique je dise, quoique je pense, l’histoire est toujours la même : j’ai beau les vomir certains jours, je vis une relation passionnelle avec le groupe Indochine.

Ca y est, vous avez fini de rire derrière votre écran, c’est bon ? Oui, j’ai 23 ans. So what ? Nicola Sirkis il en a trente de plus et il se prend toujours pour une fille de quinze…

Tout a commencé… Non, tout a vraiment commencé en 2002. Mais ce n’est pas la question. Tout a commencé avec les teasers que ces saligauds ont faits du prochain album.

Voilà. Il ne m’en fallait pas plus pour être totalement gaga. Ce sample, c’est un peu tout ce que j’aime chez Indochine, cette atmosphère inimitable, à la fois fraiche, poétique, légère, et teintée de la nostalgie d’un Orient fantasmé. Sans rire, il m’a suffi cette vidéo pour que je saute partout en poussant des petits cris hystériques. Non, je n’ai pas eu une poussée d’acné en même temps, pourquoi ?

Et puis Sa Sainteté Youtube a diffusé le premier morceau aka Memoria. Quelques notes d’orgue électronique. Jusque là, tout va bien. Et puis, la voix sur-mixée de Nicola arrive : « J’arriiiiiiiiiiiiiiiive […] ». Là, ma tête a explosé. C’est… FAUX ! Il chante faux, faux, faux, ça fait mal aux oreilles, ça donne envie de lui répondre que non, en fait il peut rester où il est. Je vous laisse juger par vous-même :

En laissant le morceau tourner, parce que oui, je suis végé, féministe, trVevild4rk666, fan d’Indochine ET masochiste, je découvre avec affliction les paroles. Celles-ci m’évoquent en effet une des choses les plus nauséabondes qui soient : le premier amour, celui qu’on a envie de laisser loin derrière soi, qu’on méprise profondément, dont on a arraché la page, et qui a terminé au fond d’une fosse septique. Revenir, recommencer, se souvenir, pardonner, oublier, un jour, près de toi, vieillir, je ferai tout pour… Mais.quelle.horreur. Vade retro. Loin. Hors de ma vue. Shhh, shhh. Vilain. Pas beau. Bref, je crois que vous avez saisi l’idée.

Pour moi ce morceau était un hymne au passé, une incitation à toutes les fans de 12 ans (et plus) de s’accrocher à Kévin, qui leur a brisé le cœur et qui va revenir tout penaud pour toujours, comme Nicola Sirkis il a dit. Du haut de mon grand âge et de mon psyché de femme mature, je rejette fort et loin un tel discours qui tend à empêcher des jeunes femmes de s’épanouir en les attachant à des relations destructrices et sans avenir. Il se trouve en fait que j’étais à côté de la plaque.

indokiss

Comme toujours avec Indochine, les histoires commencent par une déception, un rejet total. Ça s’est passé comme ça, en 2002. Il m’a fallu un an pour m’y faire. Puis ça a recommencé avec Alice et June, l’album où Indochine a compris qui était son public et a joué à fond la carte du « je suis un ado mal dans ma peau ». Ensuite, il y a eu la sortie de Little Dolls, l’incompréhension, puis l’adhérence totale : La République des Météors, c’était ma vie en khâgne – pas hyper folichonne, mais soit. Je continue quand même à tiquer sur des paroles du genre « le métal en Lorraine, le sexe à la pelle », parce que , j’avoue, je ne vois pas le rapport, mais bon si ça leur fait plaisir…

Et voilà, ça recommence avec Memoria : je me suis réveillée un beau matin avec le refrain dans la tête, l’envie de l’écouter. Encore. Encore. Encore. Ces mecs foutent un truc dans leurs morceaux. Ils t’attrapent à l’adolescence, tu abuses honteusement de leur substance, et puis tu as beau t’en défaire, ils se rappellent à toi, indéfiniment. Indochine, ça fait partie de moi. Indochine, c’est un peu comme avoir un cousin qui fait du tuning : on a beau vouloir l’oublier, on fait quand même partie de la même famille, et au fond, tout au fond, on l’aime bien (mes cousins et cousines sont des gens très respectables).

Indochine et moi, c’est 5 lives, 4 t-shirts, 4 posters, 3 DVDs, 17 CDs et plus de 10 ans de vie commune. Certes, ce sont de bons businessmen, preuve en est la liste qui précède, mais quelque part, ils sont touchants. Indochine, c’est l’éternelle adolescence, celle qui nous a construits tels que nous sommes, celle qu’on a rêvé, celle qu’on rêve encore avec nostalgie.

Et Memoria dans tout ça ? Memoria, ce n’est pas une chanson d’amour. Je l’ai compris en la fredonnant, en me souvenant ce que c’était qu’Indochine. Memoria, c’est le discours d’un homme qui a perdu son double il y a plus de 10 ans. C’est une lettre à un frère mort, un jumeau, c’est un hommage à Stéphane Sirkis. Et là, ça me touche. Memoria, c’est une histoire personnelle qui nous touche tous. On a tous vécu des deuils, on en vivra tous. Comme l’adolescence et la sexualité qu’ils ont surexploités, ils traitent ici d’un des thèmes qui fait la condition humaine. Ce qui était faux, faux, faux, devient sincère. J’adore ce morceau.

Indochine, ce sont mes éternelles bitter sweet symphonies, une relation d’amour-haine qui n’est décidément pas prête de se terminer. Non, ce n’est pas sans honte. Au fond, qui n’a pas honte de son adolescence ?

indo

Je végète

Vous saviez sûrement déjà, cher lecteur, que votre hôte est une fille de Satan droguée qui brûle des soutien-gorges. Autrement dit, j’aime le post punk, j’ai des piercings et je suis féministe. Aujourd’hui, laissez-moi vous dévoiler un nouveau pan de ma passionnante personnalité (oui, je vous sens tout frétillants derrière vos écrans…).

Je suis végétarienne.

« Comment donc ? Jean-Robert, quitte donc ce site ! Cette fille perdue ne mange pas de blanquette de veau, elle n’est pas des nôtres ! »

La végétarienne dans tout ce qu’elle a de plus agressif…

Je sais, j’ai un sweat bleu et des lunettes de hipster… Ce sont des choses qui arrivent.

Alors, maintenant que vous savez ça, ça vous fait une belle jambe. Vous pensez à votre steak juteux de midi en salivant, et vous vous dites que je suis bien bête. J’aimerais à vrai dire vous prouver le contraire ; sans faire de propagande, mais en vous expliquant simplement mes choix, leur pourquoi et leur comment.

Tout d’abord, quels sont mes choix, au juste ?

Je ne mange pas d’animal mort, quel qu’il soit. On a tendance à penser du végétarien que, parce qu’il ne mange pas de viande, il mange forcément du poisson. C’est vrai quoi, le poisson est si proche du végétal… Mettons-donc fin à cette légende urbaine que certains se plaisent à entretenir : quelqu’un qui mange du poisson n’est pas végétarien ; si on veut pousser le jargon là-dessus, on appelle ça un piscivore, en aucun cas un végétarien, même s’il s’en rapproche plus que l’omnivore. Et pour information, non, les fruits de mer ne sont pas des fruits et je n’en mange pas non plus.

Quid du lait et des œufs ? Je vais partir de généralités, je parlerai ensuite de mon cas personnel. Le végétarien à proprement parler en mange ; celui qui ne les inclut pas dans son alimentation s’appelle un végétaLien. Autant dire que le végétarien est une végétalien qui a du plomb dans l’aile, ce qui le rend plus guttural. En ce qui me concerne, je mangeais d’abord des laitages et œufs bios ou label rouge chez moi, faisant la concession de l’exploitation animale la plus honteuse à l’extérieur pour des raisons pratiques (sorties au restaurant avec des amis omnivores, choix végétaliens restreints pour manger sur le pouce, etc). Aujourd’hui, je ne mange plus de laitages non plus chez moi, même bios, limitant ma consommation de produits animaux à celle d’œufs de  poules élevées en plein air, bien alimentées et non-débecquées (oui, le débecquage est débectant) lorsque je ne suis pas à l’extérieur.

De plus, lorsque j’achète des cosmétiques, je prends maintenant garde à ce qu’ils ne soient pas testés sur des animaux (le site de la PETA met fréquemment à jour des listes de marques), de même que lors de mes prochains achats de chaussures ou de sac, je ne choisirai pas d’articles en cuir.

Ce que j’annonce ici n’a rien, absolument rien d’un dogme, quelque chose que suivraient tous les végétariens ou assimilés : ce sont des décisions personnelles prises en fonction de ce qui me semblait personnellement moral (et la morale est une affaire personnelle, contrairement à la religion ou la politique, qui répondent d’une transcendance ou d’une société).

De l’art de garder le lecteur attentif

Voilà, et maintenant que vous savez tout ça, la question qui devrait logiquement vous venir à l’esprit, c’est pourquoi ?

Pour des raisons écologiques, tout d’abord. Ah, tiens, vous ne vous attendiez pas à celle-là ? En quoi refuser de se nourrir d’animaux serait écologique ?

Eh bien pour plusieurs raisons, liées avant tout à l’élevage en lui-même, quelles que soient ses conditions. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que l’eau manque de plus en plus, que les populations de certains pays crèvent la dalle, que l’air qu’on respire nous encrasse les poumons et que tout ce que nous mangeons nous empoisonne. On était sensés tous mourir en 1999, la e-civilisation devait s’écrouler en 2000 et la fin du monde est pour cet hiver. Le chou gras d’or de l’Apocalypse revient aux media : merci mesdames messieurs les journalistes de nous distraire d’alarmisme. Bref, je ne ferai pas de catastrophisme, tout simplement parce que mes sources ne sont pas assez fiables pour que je puisse dire avec certitude « on va tous crever« , mais Pascal a pensé avant moi que dans le doute, autant prendre la position qui limite le plus les risques.

Certes, mais en quoi se nourrir de tofu va sauver la planète ? Tout d’abord, 70% des surfaces agricoles sont destinées à l’élevage, soit 30% des terres émergées. Expliquons ceci schématiquement… Une vache mange. Une vache mange beaucoup. Une vache apporte à l’humain un certain taux de protéines et de cholestérol. Si l’humain fait son muscle et son gras sans passer par l’intermédiaire de la vache, les surfaces agricoles qu’il nécessite sont extrêmement moindres. Voyez par-exemple le tableau ci-dessous qui est assez édifiant :

Refuser de manger de la viande, c’est refuser de participer à la déforestation pour la création de surfaces agricoles et refuser que des terres qui pourraient servir à nourrir autrui servent à son gentil petit plaisir gustatif.

C’est sans compter l’eau que nécessite la production et la distribution de viande : que ce soit pour irriguer les surfaces agricoles, hydrater les bêtes ou pour leur transport et leur conditionnement, on estime qu’il faut environ cinq fois plus d’eau pour des produits d’origine animale que pour des produits d’origine végétale. En somme, ne manger que deux steaks par an revient, en termes d’économie d’eau, à ne prendre que deux douches par an. Sachant que j’ai un nez délicat, le choix est vite fait (un dessin rigolo d’Insolente Veggie sur la question : x).

Voilà pour l’écologie. Cependant, ce qui m’a vraiment fait passer le cap entre le « je mange des animaux très exceptionnellement » et le « je suis végétarienne », c’est la prise de conscience de la souffrance animale.

Si un jour je me suis dit que, merde, tuer un être vivant pour sa chair était dégueulasse quand on a la possibilité de se nourrir autrement sans danger pour sa santé, ni son portefeuille (au contraire !), ça ne m’est pas venu comme une révélation divine. J’ai en fait pris le temps de regarder le documentaire ci-dessous, qu’une amie avait posté sur un media social très connu qui commence par un « f » et finit par un « k ». Je sais que vous n’avez pas forcément 1h35 à perdre ; pour moi en tous cas, ce temps n’a pas été perdu et a réussi à embuer mes yeux et ébranler mes certitudes. Non, je ne peux pas ne pas supporter la souffrance d’un chat (je vénère les chats, j’adore les chats, je me roule par-terre en ronronnant les chats) et tolérer celle d’autres créatures ; ce ne serait pas juste.

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Cette vidéo explique aussi les raisons qui me poussent aujourd’hui à limiter au maximum ma consommation de laitages : pour produire son lait, une vache, une brebis, une chèvre, et en fait toute femelle, femme y compris, a besoin de mettre à bas. Dans les exploitations non-bio, les bêtes sont souvent inséminées artificiellement, à la chaîne, pour avoir le meilleur rendement possible et produire du lait en continu. Les bêtes sont épuisées, malades, et finissent hachées et agglomérées pour être mangeables. Mais dans le bio ? Il y a deux choses dans le bio. Tout d’abord, la fabrication de certains fromages, même bios, nécessite une presure animale issue de l’estomac de ruminants (plus d’infos ici). En outre, lorsque l’on élève une vache pour son lait, bien souvent, le destinataire naturel (soit : le veau) est séparé de la mère bien avant le sevrage (faudrait pas non plus qu’il prenne le lait des humains, non mais !), d’où un certain stress chez la productrice de lait. Il finit ensuite la plupart du temps à l’abattoir : il n’y a pas de petits profits.

Ainsi, je mange des œufs de poules élevées en plein air… Et plein d’autres choses !

Mais concrètement, je mange quoi et je le vis comment ?

Ah, l’angoisse de l’omnivore qui considère tout ce qui n’est pas viande ou poisson comme de la garniture… Je découvre de nouveaux horizons culinaires, mes amis ! Lentilles, haricots, quinoa, tofu, seitan, falafels, pâtes complètes, riz complet, noix diverses, graines, algues… Oui, de loin, comme ça, ça fait un peu peur, on a l’impression qu’en devenant végétarien, on va manger des trucs de weirdoes dont seuls les bobos qui mangent bio sont coutumiers. Mais dans les faits, c’est extrêmement simple. L’option la plus basique consiste à remplacer la viande et le lait par des substituts au soja qui sont de plus en plus légion dans les supermarchés. Sinon, il suffit de manger de tout, de manger complet et d’être curieux.

Si l’essence de la gastronomie franchouillarde semble résider dans ses morceaux de barbaque (et encore…) et ses verres de pif, des spécialités issues des quatre coins du monde peuvent aisément régaler des papilles végétariennes. Certes, me direz-vous, mais on est en Frânce, nom de Dieu ! Eh bien en Frânce, je vous annonce qu’il est tout à fait possible de sortir avec des amis amateurs d’animaux morts sans renier complètement ses valeurs. La grande majorité des restaurants et sandwicheries ont au moins un choix dans leur carte adapté aux végétariens. Si ce n’est pas le cas, il suffit de demander au serveur son plat « sans les lardons », « sans saumon », « sans chorizo », et la plupart acceptent la commande sans problèmes (même s’ils peuvent vous regarder comme un OVNI comme ça m’est déjà arrivée… « Comment ça une choucroute sans viande ?! Mais… Mais sans poisson non plus ? » (laissez donc, je vais plutôt me noyer dans le riesling…)).

J’avoue cependant que c’est un choix qui implique souvent de cuisiner ce que l’on mange, mais à l’heure du tout-fait-trop-salé-plein-d’additifs, n’est-ce pas la meilleure façon de manger bon et sain ? Certains d’entre vous savent peut-être que j’ai vécu il y a quelques temps une relation conflictuelle vis-à-vis de la nourriture ; je la pesais, la calculais, la détestais puis l’adorais. J’ai pris énormément de poids à cette époque. Aujourd’hui, ma relation à la nourriture est sereine : je mange en fonction de mes besoins, de mes envies ; je reste gourmande, mais la première question que je me pose avant d’ouvrir la bouche est plus d’ordre éthique que diététique. Et en étant éthique, j’ai pu me délester de vingt kilos que j’avais accumulés par connerie. Le végétarisme n’est certes pas l’unique facteur de ma re-perte de poids, loin de là, mais je trouve que c’est un joli pied-de-nez à ces pseudo-diététiciens Dukan-like qui commandent de se nourrir de viande pour perdre son gras sans perdre ses muscles (à ce sujet, je me permets de vous rediriger vers cet article que j’avais écrit il y a quelques temps).

Parce que je suis une fille, il faut forcément que je parle de cosmétiques.

J’ai une bonne nouvelle pour vous les amis : on peut être végétarienne et féministe et s’épiler les aisselles, se laver les cheveux, se mettre du mâscârâ, des crèmes diverses, et se colorer les cheveux en vert. Et ouais. Personnellement, et même si c’est cher (de toutes façons, j’économise sur la viande ;) ), je suis adepte des produits Lush. Mais de nombreuses marques de maquillage funky (e.l.f., Urban Decay, Barry M) ou de cosmétiques bios/naturels (Caudalie, Sanoflore, So’Bio étic) peuvent convenir aux végétariens, voire aux végétaliens. Et pour que mes cheveux étincellent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Stargazer et Manic Panic sont mes amis.

Le mot de la fin ?

Non, les végétariens ne sont pas des maigrichons-pâlichons aigris et sectaires. Il y a de tout partout, bien-sûr, mais de l’aperçu que j’en ai eu, ce sont des gens très ouverts, avec des personnalités assez fortes et de bonnes doses d’humour et de second degré. Tout ce qui change du non-végétarien au végétarien, c’est cette volonté de vivre en reconnaissant et respectant la dignité animale. C’est tout. Est-ce un aveu public de ma part pour dire que je suis un Bisounours ? Peut-être. En tous cas, les blagues sur les bébés morts me font toujours autant marrer. Je vous laisse sur la preuve qu’on peut être trVe-d4rk-Iveul, bien manger, et être végé.

Images : votre hôte, queenofheartss, WWF Suisse, Alberto Vargas, Ai Yazawa

Pour aller plus loin :

http://www.viande.info/

Association végétarienne de France

Insolente Veggie

Forum Végéweb

N’hésitez pas à me poser des questions si vous en avez

Toujours des p’tits trous

Cet article aurait pu s’intituler « La revanche des questions qui tuent », plus cette fois sur ma supposée appartenance au côté obscur de la force mais à certains de mes attributs para-physiques, j’ai nommé mes piercings. En effet, ceux-ci ont récemment suscité la curiosité de deux personnes que je qualifierais de respectables et m’ont causé une sorte d’embarras auquel je suis peu coutumière. Cet embarras, il vient d’un mot, un seul petit mot : pourquoi ? C’est vrai ça, pourquoi ? Et surtout, moi qui suis tant habituée à l’auto-analyse, pourquoi ne me suis-je jamais vraiment posée la question ?

Rapide rétrospective sur une longue histoire…

Les aiguilles et moi, ça a eu un prélude en 2000 : j’avais 10 ans, j’étais en CM2, et toutes mes copines avaient les oreilles percées sauf moi. Je crevais d’envie d’avoir des boucles d’oreilles rigolotes et girly, moi aussi ; j’étais déjà le bicho raro de la classe sans ça, entre mes petites robes en velours, mes kilos en trop, mes bonnes notes, les Buffalo que je n’ai jamais eues et la Barbie Mégara qu’on a refusé de m’acheter, mais les oreilles percées, c’est au moins une victoire que j’ai remportée sur les a prioris maternels. Ca s’est fait chez le bijoutier familial, salement, avec un pistolet. J’étais ravie, mais les désinfections à l’alcool et à l’eau oxygénée m’ont valu une cicatrisation douloureuse et plus longue qu’elle n’aurait dû l’être. J’ai compris des années plus tard que si on avait fait ça chez un de-ces-pierceurs-qui-fait-peur avec ses tatouages et sa musique de drogué en arrière-fond, ma mère aurait été moins rassurée, mais le travail aurait été de meilleure qualité et les conseils d’hygiène et d’entretien plus avisés.

Saut dans le temps : je suis au lycée. Ado relativement sage à la crise violente, mon corps change et je rêve de changements, de modifications corporelles diverses. Un jour d’été, un coup de tête : une épingle à nourrice dont on se saisit, un briquet qui désinfecte, une oreille d’on tend, des dents qu’on serre. Punk’s not dead: I did it myself. Et la cicatrisation s’est passée à merveille : je me suis construite. Puis d’un deuxième trou, un troisième. Et un quatrième : j’étais en prépa, entre deux cours, dans les toilettes, sans désinfection, et ça s’est plutôt mal passé. Deuxième essai : j’avais quatre trous au côté droit (et je me complaît dans mon rôle de poétesse maudite).

Mon premier passage chez un vrai pierceur s’est fait relativement tard : j’avais 19 ans, et c’était pour un tatouage. C’est en fait dans le swinging London que tout a vraiment commencé, un mois avant mes 20 ans. Je découvrais la vie, la vraie, celle dont j’avais rêvé pendant toute celle qui précédait : je pouvais danser sur Bauhaus et Siouxsie and the Banshees, j’arpentais les rues de la métropole la nuit, gagnais mon propre argent pour la première fois, rencontrais des gens des quatre coins du monde, travaillais moins du quart de ce qui m’était demandé en khâgne, bref, j’en avais le tournis. Et de Londres en soirées goth en promenade à Camden, on finit chez un pierceur, le salaire de ses petits boulots en poche, pour se faire placer cet anneau au nez que l’on convoite depuis si longtemps. Still a teenager, il ne me restait qu’un mois à l’être avant que Peter Pan ne s’envole à jamais. Dans ma famille, on a fait la grimace. Ma mère a pris la nouvelle avec amertume, et suite à une longue discussion avec un de mes frères, de longs filets de larmes sur mes joues et le dégoût d’un monde où l’originalité n’a pas sa place, je l’ai retiré. Il aura vécu 10 jours.

C’est à ce moment là que j’ai appris à être plus consensuelle, à persister dans ce type d’affirmation de soi,  mais avec plus de discrétion. Je me suis fait percer la langue pour parler la langue des dieux, et le cartilage de l’oreille pour parvenir à l’entendre. J’ai ensuite déménagé à Paris, loin des créatures des nuits londoniennes, mais les mêmes images en tête. J’avais une idée vague de mon visage mais ne le voyais complet qu’orné d’acier. Comme tout être humain normalement constitué, il y a chez moi des choses que j’aime et d’autres que je n’aime pas. Parmi les premières, il y a ma bouche. Ma bouche, encore une longue histoire. C’est la porte ouverte aux merveilles et aux horreurs, aux paroles en l’air, aux kilos qu’on ingurgite, aux baisers qu’on donne et aux cris qu’on pousse. Pas un cri, juste une larme : un réflexe ; je venais de me faire mettre sous les lèvres un bijou discret pour un piercing caméléon, de l’ostentation à la presque-transparence.

Encore ailleurs dans l’espace et dans le temps ; c’était la troisième fois que j’allais à Madrid, trop peu de temps pour visiter un musée, mais j’avais déjà vu tout le reste. Une petite rue près de la Gran Vía, on rentre dans une boutique de piercings, on regarde les bijoux, les tarifs. Et là, un choc. L’idée de me percer le septum me taraudait depuis un certain temps, une alternative pouvant se rapprocher du médusa, mais se dissimuler bien plus facilement. A Paris, 50€. A Madrid, 12€. Une amie m’avait déjà dit que ça m’irait bien quand je lui en avais parlé. Je devais être à l’aéroport une heure et demi plus tard. Ni une ni deux, je me suis ruée sur le pierceur pour lui demander de m’en faire un. Douze euros, ce n’était pas assez cher, mais la prise de risque était moindre et j’aurais eu moins de remords à l’enlever en cas de problèmes. Problèmes il n’y a pas eu, et j’attends d’atteindre de nouvelles étapes de mon existence pour éventuellement marquer à nouveau mon corps.

Alors voilà, vous savez à peu près tout du comment, mais pas tellement plus du pourquoi. Les deux fois où la question m’a été posée, ça m’a gelée. « Vous savez, pour un homme de mon âge, la première chose qu’on se dit quand on vous voit, c’est « Mais pourquoi elle a cherché à s’enlaidir avec ça ? » » Bafouille Audrey, bafouille tout ce que tu peux, de toutes façons tu ne ressembles qu’à une pauvre ado qui ne sait toujours pas ce qu’elle est. On touche à l’armure, et le colosse s’effondre. Ces bouts de métal se mêlent à ma chair, et je ne les en dissocie plus vraiment. C’est comme si on m’avait demandé « Pourquoi tu as des sourcils ? C’est moche ! » Sauf que les sourcils, je n’ai pas fait le choix de les avoir, je suis venue avec et ils sont venus tout seuls. Pour les piercings, il a fallu que le je intervienne, mais pourquoi diable suis-je intervenue ?

J’ai l’impression que si je fournis une réponse à cette question, ce sera toujours quelque chose de faux, de construit a postériori, et j’ai horreur de ça. Presque à chaque fois, mes piercings ont suivi des impulsions, un désir qui croît, devient trop fort, se réalise. Peut-être ai-je cet attrait car les piercings sont une façon rapide et facile de changer visiblement : de ce qu’on était et de ce que sont les autres… Ce sont les marques concrètes de la réalisation constante de soi-même.

Des raisons, j’en ai plein. Un énorme fourre-tout plein d’un foutoir de raisons diverses pour avoir percé ma peau. Devenir qui je suis, marquer un lieu, marquer un temps, marquer une identité, marquer mon corps. Avec eux, j’ai scellé des époques pour en entamer d’autres. Mon tatouage, c’est le rappel de la fuite du temps ; mes piercings, c’est les marques qu’il m’a laissée. J’ai d’autres marques, bien-sûr : des cicatrices, des vergetures, des kilos en plus, en moins, des cheveux qui poussent, des traits qui changent. « Mais pourquoi utiliser ça pour marquer ta personnalité ? Tu peux l’exprimer autrement, tu as de l’humour pourtant, pourquoi tu ne pourrais pas utiliser l’humour pour dire qui tu es ? » C’est vrai, pourquoi ne pas me suffire à moi-même, pourquoi le besoin de ça pour être qui je suis ? Le doigt là où ça fait mal, c’est le principe de la question qui tue. C’est pour ça que j’ai retiré mon anneau en 2009, je ne savais pas quoi y répondre. Ma chair ne suffit pas à me soutenir et mon corps ne répond pas toujours à mes idées, il me faut une structure de métal pour soutenir mon identité. Maintenant, ils sont des pièces du mécanisme, et comme un passé qu’on porte vers l’avenir, je n’envisage plus vraiment d’avancer sans eux.

A mon tour, lecteur, de vous poser des questions. Avez-vous des piercings ou des envies de piercings ? Pourquoi ? Quelle image vous renvoient les gens piercés ? D’après vous, est-ce que je prends de la drogue en fréquentant des gens peu fréquentables dans des endroits peu fréquentables ?

N’hésitez surtout pas à répondre, je suis pendue à vos doigts (oui, sur un ordinateur, être pendu aux lèvres de quelqu’un, c’est difficile…).

Lipstick

Lipstick

Rouge crime, une goule. On la clouera, la criminelle, les bras en croix, jusqu’à ce qu’elle s’étire comme un sourire, on la percera de mille aiguilles jusqu’à ce qu’elle ne montre plus les dents.

Je me hais quand je suis boule.

Image de : x

Fée, fantôme ou sorcière

 Fée, fantôme ou sorcière

Banshee, that’s what I am. Banshee, Bacchante, all the same : fée, fantôme ou sorcière, qui donc cela importe ? Celle qui crie, celle qui écrit, celle qui danse et celle qui tombe, celle qui s’y lance ou qui reste – silence – logorrhée enthousiaste, celle qui parle et parle et ne se tait qu’à la fin, à la bile de son stylo à bille quand il en finit d’écrire et vomir.Se faire un sang d’encre pour de faux : c’est des pixels, c’est des pixels, ce n’est plus elle, ne plus faire corps,

ne plus faire corps et

accrocher

à la toile un bout de sa folie.

-s’arracher-

Away

Away

Audrey is away, this is almost the same word, sounding like order, ending in anarchy: I’m here and there and always away, always leaving places and people I am bound to. And I am weary. Stay. Stay is not my name. My name is away. Things are torn apart in space and time.I am a tree whose roots spread as far as my branches go and my heart stretches painfully from where I come to where I go.I don’t forget you – family, friends, love, acquaintances I like – as the time spent with you is a part of me and of my experience for today and tomorrow, however far away…

-and if-

And if travelling from place to place, living here and leaving there was just a way to learn ? A-way to learn how to go away ? A-way to learn how to die, to some points… To say goodbye to places, people and everything we know. A-way to accept being away. A-way to accept that there is a tomorrow and that elsewhere is not nothing.

Away is the way life found to teach me how to live – for living is leaving.

« Vous êtes des obsédés textuels » : Chronique partielle

Une fois n’est pas coutume, je vais raconter ma vie. Comme vous ne le savez peut-être pas, je suis actuellement en troisième année de MCT à l’ISIT… Non, ce n’est pas une maladie vénérienne, ça veut dire Management, Communication et Traduction (même si on se demande bien ce que « Management » vient foutre là) et Institut Supérieur de Traduction et Interprétariat. Et cette semaine, oui, cette longue semaine qui se termine demain, c’est les partiels.

Epreuves éprouvantes autant qu’épouvantables, en résumé, c’est un peu ça :

« Les chamois mongoliens se baladaient gaiement dans le champ de pétrole, quand soudain le dzud arriva : ce fut pour eux l’abbatoir, la tannerie, la papeterie, l’huilerie et même la sucrerie. Il faut dire que l’envolée de décembre a balayé les déclins de novembre. D’où « la mort blanche ».

Pendant ce temps, Obama, qui luttait contre la drogue avec son homologue sans pour autant tenir ses promesses de candidat, se demanda : « Le pacte de stabilité est-il stupide ? ». Salin et Cohen, qui souffraient du typhus à cause de la baisse… du Dow Jones et de l’augmentation du VIX (indice de la terreur !), répondirent « Il est un peu stupide. En même temps, les éoliennes de haute mer, solution révolutionnaire de stockage du CO2, n’avaient pas encore été inventées lors de la Révolution Industrielle ce qui a soulevé des tension et a été à l’origine de la Première guerre mondiale. »

Etienne Dolet, « Essai sur les manuscrits en glagolitique de Rap’anu » »

Carole B.

Oui, je sais, c’est stupéfiant. Non, les stupéfiants ne circulent pas dans les couloirs.

"Vous êtes des obsédés textuels" - Chronique partielle

Et puis, il y a les bourdes… Aaah, les bourdes… Elles viennent vite quand on n’a pas eu le temps de réviser ses cours. C’est la nostalgie des années lycée où, en français, on pouvait se choper des 16 pour la verve, le panache et l’inventivité : on veut réécrire l’histoire et substituer un pacte à Vienne aux Accords de Versaille, renommer Pascal Salin selon un savant mélange de dictateur communiste et de traumatisme de thème technique espagnol – Saline (dieu merci, je n’ai pas dit Joseph) -, déplacer Saint Jérôme et sa Vulgate au moyen-âge…

D’autres se seront pris pour Goethe en espagnol, et se font tenter par Machiavel au téléphone… De toutes façons, on s’en fout, on partira tous traire des chamois chez les mongoliens…

Les partiels à l’ISIT, c’est un week-end laissé aux révisions, une semaine d’épreuves, une moyenne de quatre épreuves de deux heures chacune par jour, deux dictionnaires en permanence dans le sac et Adolphe et Benito version vieux croulants en guise de surveillants – des réacs phallocrates aigris aux cheveux plus blancs que gris qui hurlent pour hurler, made in complot des vieux de Groland. Bref, c’est l’éclate, et pour oublier, on boit du café, on rit à des blagues Carambar (true story) et on cherche à détruire les locaux de l’école en jouant au foot dans la cafet’…

Le mot de la fin, par Jean-Stéphane B. :

« Cher monsieur Daniel Prat, veuillez excuser mon manque total de connaissances… On se reverra en août ! »

 

Vivement les repêches pour de nouvelles aventures !