Catégorie : Réfléxions

Toutes à poil !

Chers lecteurs,

Après vous avoir lâchement abandonnés plusieurs mois sans articles (comme à mon habitude), une forte envie me vient de vous parler d’un sujet qui me taraude un peu depuis quelques temps : la pilosité féminine.

Comme face à un sujet pareil, mon cerveau malade tourne à plein régime, je vais lister tous les jeux de mots possibles avec les poils afin de vous les épargner dans la suite de l’article :

–          Avoir un poil dans la main

–          Femme à poil

–          Reprendre du poil de la bête

–          Aller au poil

–          Poil aux dents

–          Un article poilant

–          Poil à gratter

–          Caresser dans le sens du poil

–          Hérisser le poil

–          Être de mauvais poil

–          Poil antiadhés… ah non, pas ça, pardon…

Voilà voilà, il me semble que c’est à peu près tout.

Implied-Facepalm

Revenons donc à nos moutons avec une annonce choc : je suis en pleine phase expérimentale de grève de l’épilateur électrique. Je laisse la nature reprendre ses droits, en somme. Mais j’ai quand même du mal à l’assumer complètement.

Déjà, comme nous arrivons à la saison froide, le port de jupe sans collants et de débardeur est difficilement envisageable, et quand bien même l’occasion de montrer ma pilosité en public se présenterait (cours de danse, salle de classe surchauffée incitant à laisser tomber sa dernière épaisseur de pull, etc), j’opte pour le bon vieux t-shirt à manches ou décide de crever de chaud.

Cette réticence alors que j’ai décidé d’envoyer paître les normes sociales qui imposent aux femmes un corps glabre sous peine d’être taxées de guenons (marche aussi quand on est noire et qu’on a le malheur de mener une politique qui ne plait pas aux fachos), d’être vues comme négligées, sales, masculines, voire, horreur ultime : comme des féministes acharnées, me pousse à m’interroger.

En effet, quand bien même je n’hésite pas à m’impliquer personnellement pour la défense de mes valeurs (cf véganisme, tout ça tout ça),  ou à avoir une apparence plus ou moins hors-normes (cf tatouage, piercings, cheveux verts, cheveux rasés, tout ça tout ça), il est assez éloquent que j’hésite à me promener poil au vent (poil aux dents (oui, je sais que j’avais dit que, mais voilà)) en public.

Quitte à dire des banalités aussi grosses que moi : il n’y a rien de plus naturel et sain qu’une femme poilue. Les poils servent de rempart aux poussières, aux bactéries, permettent de protéger la peau des frottements et poussent par définition au moment de la puberté chez tout le monde. Mais dès tout petits, nous avons tous été habitués à voir les femmes lisses et les hommes poilus ; il nous semble donc naturel que les femmes s’épilent, même si c’est douloureux, chronophage, contraignant, parfois cher, et parfois encore antihygiénique (n’oublions pas que les poils pubiens protègent les « parties » des infections).

Etude de nu par Egon Schiele
Etude de nu (poilu) par Egon Schiele

Ainsi nous nous plions toutes ou presque à des rituels d’épilation qui, quelle que soit le technique employée (crème dépilatoire, rasoir, cire chaude, cire froide, épilateur électrique, galet dépilatoire, caramel, fil, laser) ne relève pas d’une partie de plaisir. Le rasoir coupe, la crème irrite, la cire et l’épilateur arrachent, le laser brûle et le galet est abrasif. A croire que nous sommes intrinsèquement masochistes.

Vous me répondrez que les poils démangent ou sont rêches au toucher. A cela je répondrai d’attendre la fin de la repousse : il n’y a pas de raison que les poils des jambes soient une fois longs plus drus que ceux des bras, qui ne dérangent pourtant personne – sauf en cas de rasage répété. Et honnêtement, ça vous importe que votre homme (j’allais ajouter frère/père pour les filles qui préfèrent les filles et les célibattantes, mais on caresse assez rarement les mollets de personnes de sa famille ; enfin chacun ses pratiques après…) ait le mollet doux et soyeux ? Non ? Pourquoi exiger la même chose de vous-même ?

Merveilleuse Amanda Palmer :')
Merveilleuse Amanda Palmer :’)

Vous me répondrez que c’est moche. Et c’est là que le bât blesse. Moi-même, je ne trouve pas ça joli-joli. Comme le poil est culturel, je pense que la solution est d’éduquer son propre regard et, in fine, d’éduquer celui des autres. Mais c’est dur. C’est dur, dans un premier temps de s’assumer, et dans un second temps d’assumer les regards, voire les remarques.

Pour illustrer ce propos, je vais vous parler de deux exemples personnels. Pour le premier, j’ai 9 ans, je suis en CM1 et ai manifestement une pilosité un peu précoce de laquelle je ne me suis jamais franchement préoccupée. Des camarades de classe me font remarquer la chose de façon peu nuancée, comme les enfants savent si bien le faire (love forever, sales merdeux). Résultat, je demande à ma mère de me faire épiler ; mes frères me signalent que pour eux, c’était trop la classe, ça voulait dire qu’ils étaient devenus des hommes ; ma mère me dit que c’est rien du tout, que c’est du duvet, que je suis blonde, et que de toutes façons même des stars comme Julia Roberts assument leurs poils. Sauf que je suis une fille et qu’une cour d’école est plus cruelle que les tabloïds ; le tout a fini chez l’esthéticienne avec le désespoir de devoir recommencer à vie la séance de torture.

Le second exemple est bien plus récent : lors de ma première année de prépa, il y avait un OVNI-bouc émissaire dans ma classe : une fille avec un look d’enfant, des bermudas, des tongs à l’année et une pilosité naturelle complètement assumée. Je n’ai jamais tellement compris quelles étaient ses motivations  pour être aussi décalée,  si elle souffrait d’un syndrome de Peter Pan ou si elle avait juste envie de dire un gros « allez vous faire foutre » à tout ce que la société peut imposer aux femmes adultes. Dans tous les cas, élite-de-la-Frânce-toussa-toussa ou pas, les remarques fusaient, étaient rarement élogieuses et souvent au ras des pâquerettes. Des poils qui provoquent l’hilarité, le dégoût,  et font fuser les insultes.

Tout cela me mène à penser que l’injonction aux corps imberbes est un des outils de domination masculine les plus violents et pernicieux des sociétés occidentales. De même que l’injonction à la minceur, il rend les corps de femmes dégoûtants, sales, laids. On parle de libération de la sexualité, voire de société hyper-sexualisée, mais où est cette libération quand l’un des partenaires est enfermé dans des carcans pour être désirable, voire acceptable socialement ?

gosling

Laisser pousser mes poils se voulait à l’origine totalement expérimental et anodin, il se trouve que cela relève de la lutte intérieure et peut relever de la lutte extérieure. C’est dire si la norme a été intégrée, généralement et profondément, même parmi les personnes oppressées. J’ignore à vrai dire si je dois lancer un appel à la guerre du poil à tous mes congénères XX pour changer les normes, faire évoluer les regards et libérer de contraintes douloureuses, ou plutôt revenir dans les rangs, charger mon épilateur, et comme un bon petit soldat, attaquer mes jambes dans un bruit si glamour de moissonneuse-batteuse.

Et là, je sens sur moi peser les mots que l’on attribue (il semblerait à tort) à Mahatma Gandhi : Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde, et en voulant rentrer dans le confort de la norme, j’entends d’ici Sartre et Beauvoir m’accuser de mauvaise foi et Gramsci marmonner qu’il hait les indifférents. Parce que je sais. Je sais qu’il faut que les regards évoluent, et je ne peux rien faire d’autre pour cela que porter sur moi les stigmates pileux de la féministe acharnée. De toutes façons, je suis déjà végé-chieuse, je peux bien assumer d’être fémini-guenon, moi qui aime tant les animaux… Qui vivra verra, qui s’y frotte s’y pique (cf poils aux jambes, décalage, humour, drôle) et qui m’aime me suive !

Je végète

Vous saviez sûrement déjà, cher lecteur, que votre hôte est une fille de Satan droguée qui brûle des soutien-gorges. Autrement dit, j’aime le post punk, j’ai des piercings et je suis féministe. Aujourd’hui, laissez-moi vous dévoiler un nouveau pan de ma passionnante personnalité (oui, je vous sens tout frétillants derrière vos écrans…).

Je suis végétarienne.

« Comment donc ? Jean-Robert, quitte donc ce site ! Cette fille perdue ne mange pas de blanquette de veau, elle n’est pas des nôtres ! »

La végétarienne dans tout ce qu’elle a de plus agressif…

Je sais, j’ai un sweat bleu et des lunettes de hipster… Ce sont des choses qui arrivent.

Alors, maintenant que vous savez ça, ça vous fait une belle jambe. Vous pensez à votre steak juteux de midi en salivant, et vous vous dites que je suis bien bête. J’aimerais à vrai dire vous prouver le contraire ; sans faire de propagande, mais en vous expliquant simplement mes choix, leur pourquoi et leur comment.

Tout d’abord, quels sont mes choix, au juste ?

Je ne mange pas d’animal mort, quel qu’il soit. On a tendance à penser du végétarien que, parce qu’il ne mange pas de viande, il mange forcément du poisson. C’est vrai quoi, le poisson est si proche du végétal… Mettons-donc fin à cette légende urbaine que certains se plaisent à entretenir : quelqu’un qui mange du poisson n’est pas végétarien ; si on veut pousser le jargon là-dessus, on appelle ça un piscivore, en aucun cas un végétarien, même s’il s’en rapproche plus que l’omnivore. Et pour information, non, les fruits de mer ne sont pas des fruits et je n’en mange pas non plus.

Quid du lait et des œufs ? Je vais partir de généralités, je parlerai ensuite de mon cas personnel. Le végétarien à proprement parler en mange ; celui qui ne les inclut pas dans son alimentation s’appelle un végétaLien. Autant dire que le végétarien est une végétalien qui a du plomb dans l’aile, ce qui le rend plus guttural. En ce qui me concerne, je mangeais d’abord des laitages et œufs bios ou label rouge chez moi, faisant la concession de l’exploitation animale la plus honteuse à l’extérieur pour des raisons pratiques (sorties au restaurant avec des amis omnivores, choix végétaliens restreints pour manger sur le pouce, etc). Aujourd’hui, je ne mange plus de laitages non plus chez moi, même bios, limitant ma consommation de produits animaux à celle d’œufs de  poules élevées en plein air, bien alimentées et non-débecquées (oui, le débecquage est débectant) lorsque je ne suis pas à l’extérieur.

De plus, lorsque j’achète des cosmétiques, je prends maintenant garde à ce qu’ils ne soient pas testés sur des animaux (le site de la PETA met fréquemment à jour des listes de marques), de même que lors de mes prochains achats de chaussures ou de sac, je ne choisirai pas d’articles en cuir.

Ce que j’annonce ici n’a rien, absolument rien d’un dogme, quelque chose que suivraient tous les végétariens ou assimilés : ce sont des décisions personnelles prises en fonction de ce qui me semblait personnellement moral (et la morale est une affaire personnelle, contrairement à la religion ou la politique, qui répondent d’une transcendance ou d’une société).

De l’art de garder le lecteur attentif

Voilà, et maintenant que vous savez tout ça, la question qui devrait logiquement vous venir à l’esprit, c’est pourquoi ?

Pour des raisons écologiques, tout d’abord. Ah, tiens, vous ne vous attendiez pas à celle-là ? En quoi refuser de se nourrir d’animaux serait écologique ?

Eh bien pour plusieurs raisons, liées avant tout à l’élevage en lui-même, quelles que soient ses conditions. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que l’eau manque de plus en plus, que les populations de certains pays crèvent la dalle, que l’air qu’on respire nous encrasse les poumons et que tout ce que nous mangeons nous empoisonne. On était sensés tous mourir en 1999, la e-civilisation devait s’écrouler en 2000 et la fin du monde est pour cet hiver. Le chou gras d’or de l’Apocalypse revient aux media : merci mesdames messieurs les journalistes de nous distraire d’alarmisme. Bref, je ne ferai pas de catastrophisme, tout simplement parce que mes sources ne sont pas assez fiables pour que je puisse dire avec certitude « on va tous crever« , mais Pascal a pensé avant moi que dans le doute, autant prendre la position qui limite le plus les risques.

Certes, mais en quoi se nourrir de tofu va sauver la planète ? Tout d’abord, 70% des surfaces agricoles sont destinées à l’élevage, soit 30% des terres émergées. Expliquons ceci schématiquement… Une vache mange. Une vache mange beaucoup. Une vache apporte à l’humain un certain taux de protéines et de cholestérol. Si l’humain fait son muscle et son gras sans passer par l’intermédiaire de la vache, les surfaces agricoles qu’il nécessite sont extrêmement moindres. Voyez par-exemple le tableau ci-dessous qui est assez édifiant :

Refuser de manger de la viande, c’est refuser de participer à la déforestation pour la création de surfaces agricoles et refuser que des terres qui pourraient servir à nourrir autrui servent à son gentil petit plaisir gustatif.

C’est sans compter l’eau que nécessite la production et la distribution de viande : que ce soit pour irriguer les surfaces agricoles, hydrater les bêtes ou pour leur transport et leur conditionnement, on estime qu’il faut environ cinq fois plus d’eau pour des produits d’origine animale que pour des produits d’origine végétale. En somme, ne manger que deux steaks par an revient, en termes d’économie d’eau, à ne prendre que deux douches par an. Sachant que j’ai un nez délicat, le choix est vite fait (un dessin rigolo d’Insolente Veggie sur la question : x).

Voilà pour l’écologie. Cependant, ce qui m’a vraiment fait passer le cap entre le « je mange des animaux très exceptionnellement » et le « je suis végétarienne », c’est la prise de conscience de la souffrance animale.

Si un jour je me suis dit que, merde, tuer un être vivant pour sa chair était dégueulasse quand on a la possibilité de se nourrir autrement sans danger pour sa santé, ni son portefeuille (au contraire !), ça ne m’est pas venu comme une révélation divine. J’ai en fait pris le temps de regarder le documentaire ci-dessous, qu’une amie avait posté sur un media social très connu qui commence par un « f » et finit par un « k ». Je sais que vous n’avez pas forcément 1h35 à perdre ; pour moi en tous cas, ce temps n’a pas été perdu et a réussi à embuer mes yeux et ébranler mes certitudes. Non, je ne peux pas ne pas supporter la souffrance d’un chat (je vénère les chats, j’adore les chats, je me roule par-terre en ronronnant les chats) et tolérer celle d’autres créatures ; ce ne serait pas juste.

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Cette vidéo explique aussi les raisons qui me poussent aujourd’hui à limiter au maximum ma consommation de laitages : pour produire son lait, une vache, une brebis, une chèvre, et en fait toute femelle, femme y compris, a besoin de mettre à bas. Dans les exploitations non-bio, les bêtes sont souvent inséminées artificiellement, à la chaîne, pour avoir le meilleur rendement possible et produire du lait en continu. Les bêtes sont épuisées, malades, et finissent hachées et agglomérées pour être mangeables. Mais dans le bio ? Il y a deux choses dans le bio. Tout d’abord, la fabrication de certains fromages, même bios, nécessite une presure animale issue de l’estomac de ruminants (plus d’infos ici). En outre, lorsque l’on élève une vache pour son lait, bien souvent, le destinataire naturel (soit : le veau) est séparé de la mère bien avant le sevrage (faudrait pas non plus qu’il prenne le lait des humains, non mais !), d’où un certain stress chez la productrice de lait. Il finit ensuite la plupart du temps à l’abattoir : il n’y a pas de petits profits.

Ainsi, je mange des œufs de poules élevées en plein air… Et plein d’autres choses !

Mais concrètement, je mange quoi et je le vis comment ?

Ah, l’angoisse de l’omnivore qui considère tout ce qui n’est pas viande ou poisson comme de la garniture… Je découvre de nouveaux horizons culinaires, mes amis ! Lentilles, haricots, quinoa, tofu, seitan, falafels, pâtes complètes, riz complet, noix diverses, graines, algues… Oui, de loin, comme ça, ça fait un peu peur, on a l’impression qu’en devenant végétarien, on va manger des trucs de weirdoes dont seuls les bobos qui mangent bio sont coutumiers. Mais dans les faits, c’est extrêmement simple. L’option la plus basique consiste à remplacer la viande et le lait par des substituts au soja qui sont de plus en plus légion dans les supermarchés. Sinon, il suffit de manger de tout, de manger complet et d’être curieux.

Si l’essence de la gastronomie franchouillarde semble résider dans ses morceaux de barbaque (et encore…) et ses verres de pif, des spécialités issues des quatre coins du monde peuvent aisément régaler des papilles végétariennes. Certes, me direz-vous, mais on est en Frânce, nom de Dieu ! Eh bien en Frânce, je vous annonce qu’il est tout à fait possible de sortir avec des amis amateurs d’animaux morts sans renier complètement ses valeurs. La grande majorité des restaurants et sandwicheries ont au moins un choix dans leur carte adapté aux végétariens. Si ce n’est pas le cas, il suffit de demander au serveur son plat « sans les lardons », « sans saumon », « sans chorizo », et la plupart acceptent la commande sans problèmes (même s’ils peuvent vous regarder comme un OVNI comme ça m’est déjà arrivée… « Comment ça une choucroute sans viande ?! Mais… Mais sans poisson non plus ? » (laissez donc, je vais plutôt me noyer dans le riesling…)).

J’avoue cependant que c’est un choix qui implique souvent de cuisiner ce que l’on mange, mais à l’heure du tout-fait-trop-salé-plein-d’additifs, n’est-ce pas la meilleure façon de manger bon et sain ? Certains d’entre vous savent peut-être que j’ai vécu il y a quelques temps une relation conflictuelle vis-à-vis de la nourriture ; je la pesais, la calculais, la détestais puis l’adorais. J’ai pris énormément de poids à cette époque. Aujourd’hui, ma relation à la nourriture est sereine : je mange en fonction de mes besoins, de mes envies ; je reste gourmande, mais la première question que je me pose avant d’ouvrir la bouche est plus d’ordre éthique que diététique. Et en étant éthique, j’ai pu me délester de vingt kilos que j’avais accumulés par connerie. Le végétarisme n’est certes pas l’unique facteur de ma re-perte de poids, loin de là, mais je trouve que c’est un joli pied-de-nez à ces pseudo-diététiciens Dukan-like qui commandent de se nourrir de viande pour perdre son gras sans perdre ses muscles (à ce sujet, je me permets de vous rediriger vers cet article que j’avais écrit il y a quelques temps).

Parce que je suis une fille, il faut forcément que je parle de cosmétiques.

J’ai une bonne nouvelle pour vous les amis : on peut être végétarienne et féministe et s’épiler les aisselles, se laver les cheveux, se mettre du mâscârâ, des crèmes diverses, et se colorer les cheveux en vert. Et ouais. Personnellement, et même si c’est cher (de toutes façons, j’économise sur la viande ;) ), je suis adepte des produits Lush. Mais de nombreuses marques de maquillage funky (e.l.f., Urban Decay, Barry M) ou de cosmétiques bios/naturels (Caudalie, Sanoflore, So’Bio étic) peuvent convenir aux végétariens, voire aux végétaliens. Et pour que mes cheveux étincellent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Stargazer et Manic Panic sont mes amis.

Le mot de la fin ?

Non, les végétariens ne sont pas des maigrichons-pâlichons aigris et sectaires. Il y a de tout partout, bien-sûr, mais de l’aperçu que j’en ai eu, ce sont des gens très ouverts, avec des personnalités assez fortes et de bonnes doses d’humour et de second degré. Tout ce qui change du non-végétarien au végétarien, c’est cette volonté de vivre en reconnaissant et respectant la dignité animale. C’est tout. Est-ce un aveu public de ma part pour dire que je suis un Bisounours ? Peut-être. En tous cas, les blagues sur les bébés morts me font toujours autant marrer. Je vous laisse sur la preuve qu’on peut être trVe-d4rk-Iveul, bien manger, et être végé.

Images : votre hôte, queenofheartss, WWF Suisse, Alberto Vargas, Ai Yazawa

Pour aller plus loin :

http://www.viande.info/

Association végétarienne de France

Insolente Veggie

Forum Végéweb

N’hésitez pas à me poser des questions si vous en avez

Toujours des p’tits trous

Cet article aurait pu s’intituler « La revanche des questions qui tuent », plus cette fois sur ma supposée appartenance au côté obscur de la force mais à certains de mes attributs para-physiques, j’ai nommé mes piercings. En effet, ceux-ci ont récemment suscité la curiosité de deux personnes que je qualifierais de respectables et m’ont causé une sorte d’embarras auquel je suis peu coutumière. Cet embarras, il vient d’un mot, un seul petit mot : pourquoi ? C’est vrai ça, pourquoi ? Et surtout, moi qui suis tant habituée à l’auto-analyse, pourquoi ne me suis-je jamais vraiment posée la question ?

Rapide rétrospective sur une longue histoire…

Les aiguilles et moi, ça a eu un prélude en 2000 : j’avais 10 ans, j’étais en CM2, et toutes mes copines avaient les oreilles percées sauf moi. Je crevais d’envie d’avoir des boucles d’oreilles rigolotes et girly, moi aussi ; j’étais déjà le bicho raro de la classe sans ça, entre mes petites robes en velours, mes kilos en trop, mes bonnes notes, les Buffalo que je n’ai jamais eues et la Barbie Mégara qu’on a refusé de m’acheter, mais les oreilles percées, c’est au moins une victoire que j’ai remportée sur les a prioris maternels. Ca s’est fait chez le bijoutier familial, salement, avec un pistolet. J’étais ravie, mais les désinfections à l’alcool et à l’eau oxygénée m’ont valu une cicatrisation douloureuse et plus longue qu’elle n’aurait dû l’être. J’ai compris des années plus tard que si on avait fait ça chez un de-ces-pierceurs-qui-fait-peur avec ses tatouages et sa musique de drogué en arrière-fond, ma mère aurait été moins rassurée, mais le travail aurait été de meilleure qualité et les conseils d’hygiène et d’entretien plus avisés.

Saut dans le temps : je suis au lycée. Ado relativement sage à la crise violente, mon corps change et je rêve de changements, de modifications corporelles diverses. Un jour d’été, un coup de tête : une épingle à nourrice dont on se saisit, un briquet qui désinfecte, une oreille d’on tend, des dents qu’on serre. Punk’s not dead: I did it myself. Et la cicatrisation s’est passée à merveille : je me suis construite. Puis d’un deuxième trou, un troisième. Et un quatrième : j’étais en prépa, entre deux cours, dans les toilettes, sans désinfection, et ça s’est plutôt mal passé. Deuxième essai : j’avais quatre trous au côté droit (et je me complaît dans mon rôle de poétesse maudite).

Mon premier passage chez un vrai pierceur s’est fait relativement tard : j’avais 19 ans, et c’était pour un tatouage. C’est en fait dans le swinging London que tout a vraiment commencé, un mois avant mes 20 ans. Je découvrais la vie, la vraie, celle dont j’avais rêvé pendant toute celle qui précédait : je pouvais danser sur Bauhaus et Siouxsie and the Banshees, j’arpentais les rues de la métropole la nuit, gagnais mon propre argent pour la première fois, rencontrais des gens des quatre coins du monde, travaillais moins du quart de ce qui m’était demandé en khâgne, bref, j’en avais le tournis. Et de Londres en soirées goth en promenade à Camden, on finit chez un pierceur, le salaire de ses petits boulots en poche, pour se faire placer cet anneau au nez que l’on convoite depuis si longtemps. Still a teenager, il ne me restait qu’un mois à l’être avant que Peter Pan ne s’envole à jamais. Dans ma famille, on a fait la grimace. Ma mère a pris la nouvelle avec amertume, et suite à une longue discussion avec un de mes frères, de longs filets de larmes sur mes joues et le dégoût d’un monde où l’originalité n’a pas sa place, je l’ai retiré. Il aura vécu 10 jours.

C’est à ce moment là que j’ai appris à être plus consensuelle, à persister dans ce type d’affirmation de soi,  mais avec plus de discrétion. Je me suis fait percer la langue pour parler la langue des dieux, et le cartilage de l’oreille pour parvenir à l’entendre. J’ai ensuite déménagé à Paris, loin des créatures des nuits londoniennes, mais les mêmes images en tête. J’avais une idée vague de mon visage mais ne le voyais complet qu’orné d’acier. Comme tout être humain normalement constitué, il y a chez moi des choses que j’aime et d’autres que je n’aime pas. Parmi les premières, il y a ma bouche. Ma bouche, encore une longue histoire. C’est la porte ouverte aux merveilles et aux horreurs, aux paroles en l’air, aux kilos qu’on ingurgite, aux baisers qu’on donne et aux cris qu’on pousse. Pas un cri, juste une larme : un réflexe ; je venais de me faire mettre sous les lèvres un bijou discret pour un piercing caméléon, de l’ostentation à la presque-transparence.

Encore ailleurs dans l’espace et dans le temps ; c’était la troisième fois que j’allais à Madrid, trop peu de temps pour visiter un musée, mais j’avais déjà vu tout le reste. Une petite rue près de la Gran Vía, on rentre dans une boutique de piercings, on regarde les bijoux, les tarifs. Et là, un choc. L’idée de me percer le septum me taraudait depuis un certain temps, une alternative pouvant se rapprocher du médusa, mais se dissimuler bien plus facilement. A Paris, 50€. A Madrid, 12€. Une amie m’avait déjà dit que ça m’irait bien quand je lui en avais parlé. Je devais être à l’aéroport une heure et demi plus tard. Ni une ni deux, je me suis ruée sur le pierceur pour lui demander de m’en faire un. Douze euros, ce n’était pas assez cher, mais la prise de risque était moindre et j’aurais eu moins de remords à l’enlever en cas de problèmes. Problèmes il n’y a pas eu, et j’attends d’atteindre de nouvelles étapes de mon existence pour éventuellement marquer à nouveau mon corps.

Alors voilà, vous savez à peu près tout du comment, mais pas tellement plus du pourquoi. Les deux fois où la question m’a été posée, ça m’a gelée. « Vous savez, pour un homme de mon âge, la première chose qu’on se dit quand on vous voit, c’est « Mais pourquoi elle a cherché à s’enlaidir avec ça ? » » Bafouille Audrey, bafouille tout ce que tu peux, de toutes façons tu ne ressembles qu’à une pauvre ado qui ne sait toujours pas ce qu’elle est. On touche à l’armure, et le colosse s’effondre. Ces bouts de métal se mêlent à ma chair, et je ne les en dissocie plus vraiment. C’est comme si on m’avait demandé « Pourquoi tu as des sourcils ? C’est moche ! » Sauf que les sourcils, je n’ai pas fait le choix de les avoir, je suis venue avec et ils sont venus tout seuls. Pour les piercings, il a fallu que le je intervienne, mais pourquoi diable suis-je intervenue ?

J’ai l’impression que si je fournis une réponse à cette question, ce sera toujours quelque chose de faux, de construit a postériori, et j’ai horreur de ça. Presque à chaque fois, mes piercings ont suivi des impulsions, un désir qui croît, devient trop fort, se réalise. Peut-être ai-je cet attrait car les piercings sont une façon rapide et facile de changer visiblement : de ce qu’on était et de ce que sont les autres… Ce sont les marques concrètes de la réalisation constante de soi-même.

Des raisons, j’en ai plein. Un énorme fourre-tout plein d’un foutoir de raisons diverses pour avoir percé ma peau. Devenir qui je suis, marquer un lieu, marquer un temps, marquer une identité, marquer mon corps. Avec eux, j’ai scellé des époques pour en entamer d’autres. Mon tatouage, c’est le rappel de la fuite du temps ; mes piercings, c’est les marques qu’il m’a laissée. J’ai d’autres marques, bien-sûr : des cicatrices, des vergetures, des kilos en plus, en moins, des cheveux qui poussent, des traits qui changent. « Mais pourquoi utiliser ça pour marquer ta personnalité ? Tu peux l’exprimer autrement, tu as de l’humour pourtant, pourquoi tu ne pourrais pas utiliser l’humour pour dire qui tu es ? » C’est vrai, pourquoi ne pas me suffire à moi-même, pourquoi le besoin de ça pour être qui je suis ? Le doigt là où ça fait mal, c’est le principe de la question qui tue. C’est pour ça que j’ai retiré mon anneau en 2009, je ne savais pas quoi y répondre. Ma chair ne suffit pas à me soutenir et mon corps ne répond pas toujours à mes idées, il me faut une structure de métal pour soutenir mon identité. Maintenant, ils sont des pièces du mécanisme, et comme un passé qu’on porte vers l’avenir, je n’envisage plus vraiment d’avancer sans eux.

A mon tour, lecteur, de vous poser des questions. Avez-vous des piercings ou des envies de piercings ? Pourquoi ? Quelle image vous renvoient les gens piercés ? D’après vous, est-ce que je prends de la drogue en fréquentant des gens peu fréquentables dans des endroits peu fréquentables ?

N’hésitez surtout pas à répondre, je suis pendue à vos doigts (oui, sur un ordinateur, être pendu aux lèvres de quelqu’un, c’est difficile…).

Histoire de faire « genre »

Je constate avec affliction que de nombreux produits destinés à un public féminin ne sont ni pratiques, ni confortables. Exemple : les sacs.

Des années que je fais des essais avortés de sacs à main, sacs à épaule et autres trucs un peu prout-prout pour faire croire que je suis une adulte et pas une ado attardée… Et je reviens toujours à mon fidèle Eastpack édition 2002 qui me donnait l’air super-cool quand j’étais en quatrième. Raison 1 : je fourre tout ce que je veux dedans, raison 2 : il ne me nique pas le dos/le bras/la main quand je le porte longtemps. Mais je sens quand même un décalage entre mon statut de pseudo-adulte et les trucs tro-dark-delamor que j’ai dessinés/cousus dessus début lycée.

Prise d’un élan de conformisme (caca-le-mot), je me mets en quête de gros sac à dos assez sobre qui me permettrait de caser un peu tout ce dont j’ai besoin entre 10h et 19h (cours, PC, pitance, thermos de café, bouteille d’eau…). Bref, un sac classe, confortable et pratique.

Devinez quoi : ce sac n’existe pas dans la section « femme » des maroquiniers ! On en trouve rayon « homme », rayon « jeune et scolaire » avec la mention « parfait pour collège et lycée » (et quand ça fait plus de quatre ans qu’on a le bac, on fait quoi ?), et rayon femme : nada. Personnellement, je ne suis pas du genre à me gêner pour piocher dans les vêtements et accessoires pour homme ou enfant du moment que j’y trouve mon bonheur, mais pour des individus féminins lambda, il y a un message implicite qui a tendance à me titiller quelque peu les nerfs…

Mesdames, mesdemoiselles, soyez belles, soyez classes, ayez des affaires non-pratiques et bousillez-vous la santé, je vous prie.

Histoire de faire "genre"

J’ai pris l’exemple des sacs parce que c’est celui qui m’est venu en premier, mais j’aurais aussi bien pu parler des chaussures, des cheveux, du maquillage, de l’obsession du poids et de l’épilation. Il faut souffrir pour répondre aux normes esthétiques d’aujourd’hui quand on est une femme. Les stéréotypes du genre féminin m’énervent, parce qu’ils sont contraignants, et nécessaires pour être bien considérée comme femme.

J’ai grandi comme une petite fille, avec tout ce que ça implique comme influences de la part de la société qui m’entoure, et j’ai beau me répéter qu’on est tous des êtres humains avant d’être des hommes et des femmes, que je suis un individu à part entière bien avant d’être une femme, rien n’y fait : le féminin continue de me définir avant tout. Parce que pour me plaire à moi-même et pour la reconnaissance sociale, j’ai besoin de ressembler à du féminin – et ça ne passe pas que par les proéminences pectorales et l’appareil reproductif : il y a une manière d’être et de paraître.

Quand j’y pense – et c’est peut-être con, mais je viens juste d’y penser : c’est peut-être aussi en partie parce que je suis hétéro. Pourquoi mettre autant d’accent sur les genres si ce n’est pas pour que l’un se différencie de l’autre et fasse ainsi valoir sa compatibilité sexuelle ? Si on schématise : moi femme, toi homme, nous pouvoir [aller cueillir des fleurs ensemble et courir après des papillons]. Dans les jeux de séduction, on n’est pas seul (c’est un peu le principe, je vous l’accorde), et pour plaire à la plupart des hommes hétéros qui, eux aussi, ont grandi comme des petits garçons dans une société qui leur offre des codes pour correspondre au genre masculin, il faut ressembler à du féminin et correspondre à ses codes comme on peut.
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Conclusion : effectivement, la vie est plus simple avec une b*te.

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[Edit] Une amie m’a fait une réflexion pertinente vis-à-vis de l’article, je tenais à la publier ainsi que sa réponse afin de compléter le propos :

Je suis d’accord avec le fait que pour être femme, il faut correspondre à certains critères. Par contre, je ne suis pas d’accord avec la conclusion. Je ne pense pas que la vie d' »homme » soit plus simple. Eux aussi doivent vivre avec des critères du genre « fort », « protecteur », « viril », etc.. Or ils ont peut-être envie d’être faibles, protégés et pas forcément virils. Mais à ce moment là, on tombe direct dans des clichés ;) A mon avis, au final, homme ou femme, aucun n’a vraiment la vie facile en société.

J’avoue que j’ai un peu bâclé la fin, j’aurais pu approfondir la réflexion, mais je pense que j’en aurais eu pour toute la nuit, et j’avais normalement cours ce matin (ça m’a valu une petite promenade matinale dans le métro, à la fraiche comme ça, ça fait du bien, c’est sympâ). Enfin, oui, je suis d’accord, on demande aussi aux hommes de répondre à des normes, on leur accorde moins de fantaisies vestimentaires, et il faut qu’ils se montrent forts, virils, protecteurs etc selon les stéréotypes.

Cependant, cela ne concerne que le caractère et pas tant l’apparence. Les femmes aussi sont sensées se conformer à des normes pouvant être « handicapantes » au niveau du caractère et des comportements (dépendante, fragile et douce chose à la voix cristalline et aux gestes élégants, une vraie poupée de verre) ; cela va certes de mieux en mieux, des femmes arrivent à montrer qu’elles savent être autre chose qu’un objet reproductif et décoratif, elles sont chefs d’entreprises, ministres, médecins, et ça ne choque plus en France (enfin.. j’espère que ça ne choque plus !), mais je remarque quand même un comportement un peu schizophrène de la société à leur égard : on admire les Wonderwomen des temps modernes qui savent briser les vieux codes patriarcaux, et en parallèle, on vante tout ce qui est contrainte, obstacle, qui vise à les remmener à leur état décorativo-reproducteur.

Je n’ai pas dit que la vie était tout à fait rose pour la condition masculine non plus – puis j’avoue manquer quelque peu d’expérience personnelle à ce propos (ça rassurera Troff de le savoir xD) – mais sachant que les deux genres subissent des contraintes comportementales, et que c’est au féminin de se taper le pas-pratique-pas-confortable-mais-joli, je maintiens ma conclusion : la vie est plus simple quand on nait avec son appareil génital à l’extérieur.

[Edit 2] : Dialectique est mère de pensée

La pression est là pour les deux sexes, et comme tu dis plus marquée pour les femmes en ce qui concerne l’apparence. Il y a des points sur lesquels je serais partante pour être un homme. Mais d’un autre côté, je pense que les femmes sont souvent plus exigeantes avec les hommes que l’inverse. On en parlait l’autre jour, souvent les femmes ont besoin d’admirer les hommes, pour être avec. Alors que les hommes pas forcément. Ce qui d’une façon rabaisse la femme, je suis d’accord, mais moins de pression sur l’intellectuel que sur le physique (quoique ça change aussi), même si c’est triste à dire…

Pas forcément, j’ai été avec des types que je méprisais (oui, bon, ok, cas à part), et même pour Christophe, j’ai énormément d’estime pour lui, mais je ne le regarde pas comme un Dieu vivant (no offense), je sais qu’il a des qualités et des défauts et le traite plutôt comme un égal. Je pense que c’est normal pour tout et pas forcément les relations de couple : on doit reconnaître à quelqu’un des qualités et l’estimer pour être ami avec, et l’amour va de même, c’est plus une question de compatibilité que de pied d’estal (qui est d’ailleurs fort malsain).
Enfin, je reviens sur ce que tu as dit exactement : « souvent » pour les femmes et « pas forcément » pour les hommes… Ce ne serait pas du bonnet blanc et du blanc bonnet que tu nous fais là ?

Histoire de faire "genre"

Disons que oui, encore une fois, il existe dans les stéréotypes cette relation quasi-hiérarchique dans les relations homme-femme au sein d’un couple, ce qu’on appelle le modèle patriarcal en fait (l’homme aux rennes, et la dame qui passe de la gouvernance du père à celle d’un mari – ce qui passe par le changement de nom et le changement de mademoiselle à madame (non, ce n’est pas anodin !)). Si on suit le schéma couple-classique-des-années-50, monsieur part au travail comme il partait chasser jadis : la femme exige de lui qu’il soit intelligent, brille en société, ramène de l’argent au foyer. Mais monsieur aussi a ses exigences : madame doit être un joli faire-valoir pour justement l’aider à briller en société, s’occuper de son confort personnel et de sa descendance. Quelle situation stéréotypée est à envier le plus, franchement ?

Aujourd’hui, ça a un peu changé, certes, enfin, en surface j’ai envie de dire (cf cet article), mais les bons vieux schémas restent ancrés dans les têtes et les comportements de façon plus ou moins consciente : on sur-admire l’homme, on attend énormément de lui, et on se rabaisse en parallèle, à penser qu’on n’atteindrait jamais son niveau. Enfin, un schéma qui crée plein de super-névrosés, si c’est pas super ! :D

Les stéréotypes sur les genres ne mettent certes pas de pression intellectuelle sur les femmes (pourquoi dire « se vider la tête » en lisant un magazine féminin alors ? La lecture n’est-elle pas au contraire sensée la remplir ?), mais la société moderne, si ! Une femme aujourd’hui doit briller sur tous les plans et hommes et femmes se partagent le monde, les décisions et les pensées. Les hommes continuent de suivre les schémas de toujours, et les femmes jonglent avec les deux.

Histoire de faire "genre"

Je tombe à coup sûr trop dans les stéréotypes, mais je suis déchirée entre les deux idées. Je parle pour moi et non de façon générale.
Certes, j’ai envie d’être indépendante, de gagner ma vie par mes propres moyens et de ne pas idolâtrer mon copain/mari. Mais d’un autre coté, je garde presque la mentalité du début du siècle dernier, la femme au foyer (que je ne veux en aucun cas devenir) qui admire son mari, s’occupe de tout ce qui est en rapport avec l’intérieur. C’est ridicule, mais la femme totalement émancipée avec le partage égal à tous les niveaux, ça sera probablement pas moi. Je ne serais ni Julia Roberts, ni Kirsten Dunst (« le sourire de mona lisa »). Un peu tendance conservatrice au fond tout de même je l’avoue ;) Pas que j’en sois contente non, je préfèrerais être plus moderne a ce niveau la et du coup plus détachée aussi, mais ça marche pas :D

Je comprends tout à fait, et j’avoue que je serais sûrement un peu pareille si je n’étais pas tombée sur des connards qui ont cherché à me descendre (consciemment ou non) pour s’assurer de la présence de leurs organes génitaux. Pendant trois ans et demi, j’ai eu tout le loisir de constater l’absurdité de ces situations et d’avoir la présence d’esprit de ne jamais vouloir les revivre. Certes, je ne suis plus une ado, je suis moins fragile et manipulable qu’à l’époque, mais je pense que pas mal de filles et de femmes qui n’auraient pas vécu ça ne se rendent pas compte de la situation, de combien on leur crée des besoins d’être « dirigées », elles, les hystériques (de « utérus », je le rappelle), et de combien il est injuste qu’un homme se sente si supérieur à côté d’elles.

Ça m’effraie, mais je tomberai peut-être aussi dans le panneau que je le veuille ou non, parce que la société éduque les hommes et les femmes en leur proposant des modèles (dans les manuels scolaires, dans les publicités, les films, les séries, voire chez eux) où l’on continue de suivre de vieux schémas et que j’ai été « conditionnée » comme les autres. Je crois qu’on est un peu toutes déchirées entre les deux idées à cause de ça, mais mon expérience personnelle me pousse cependant à dénoncer les aberrations et à essayer de faire évoluer les mentalités si je le peux.

Images : Danny Stygion, robe (si, si) Marriage par Yves Saint Laurent, Adam Huges, Eyrieslove1 et Distemper

La question qui tue

Analyse de scène quotidienne : la Drey prend le métro, dans les couloirs, un monsieur d’une cinquantaine d’année l’interpelle. Ici, plusieurs options se présentent à elle. La première qui vient à l’esprit est de faire semblant de ne pas entendre et de tracer sa route avec son casque sur les oreilles. La deuxième, qui vient après une réflexion faite de « c’est peut-être important » et de « c’est pas bien les préjugés, il a peut-être besoin d’un renseignement », est de s’arrêter et de prêter une oreille à la requête du quidam.On s’arrête, on enlève son casque, on lance un regard interrogateur, quand soudain, la question qui tue : « Est-ce que vous êtes gothique ? »

La question qui tue

L’affliction me lacère comme une balle en plein cœur : « Et tu viens m’importuner pour ça, manant ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je suis polie. « Mais qu’est-ce que vous pouvez bien en avoir à foutre ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je suis polie. « Non mais je vous demande si vous appartenez à la catégorie socio-culturelle « cinquantenaire bedonnant de classe moyenne qui regarde TF1 le dimanche », moi ? » Non, je n’ai pas répondu ça, je n’ai pas assez de répartie.Alors, comme une fille polie et qui manque de répartie, je me suis énervée poliment contre les manies de mettre des étiquettes aux gens. Semblerait-il que nous appartenions tous à des catégories et que blablabla pourtant les boucles d’oreilles blablabla noir. Ah, ces gens qui vous posent des questions quand ils croient déjà avoir une réponse… C’est pour étaler sa graaande culture qu’il a posé la question ? « Regardez, j’ai reconnu en vous le code vestimentaire des ados fans de Marilyn Manson et Evanescence qu’on voyait à la TV il y a quelques années ! »… J’aurais peut-être dû lui offrir une médaille en fait… Sinon, c’était peut-être pour me faire la morale, me dire que la-vie-c’est-beau et qu’il ne faut pas être gothique comme ça… Ou alors pour me poser tout un tas de questions sur ce que je mange (du noir), la lessive que j’utilise (pour le noir) et si je me torche avec ce mâgnifique papier noir…

Enfin, ce fut une rare occasion de manifester mon existence contre une essence qu’on m’impose, et puisque l’enfer, c’est les autres, j’ai pris le parti de me barrer en courant après un « au-revoir » sec et angoissé. Oui, il m’en faut peu pour m’angoisser, j’ai horreur qu’on m’enferme où que ce soit. Même dans des jugements, oui, oui.

D’une part, je refuse le concept absolument artificiel de catégories humaines. J’estime que chacun a son histoire, son caractère, et que chercher à se définir de l’extérieur, que ce soit par une culture, une religion, un parti politique ou autre, c’est se mettre des bornes et se mentir.

D’autre part, le terme « gothique » employé à tort et à travers, et SURTOUT pour chercher à définir des individus m’horripile au plus haut point. Pour l’architecture, soit. Pour le genre littéraire des XVIII-XIXème siècles, soit. Pour un type de musique post-punk, ça passe. Pour un genre de métal très spécifique, ça passe. Pour les soirées/bars où l’on passe les musiques précédemment citées, soit, ça permet de savoir à quoi s’attendre (et encore…). Pour les boutiques de vêtements et accessoires répondant (plus ou moins) aux dress-codes de ces soirées, on frôle l’abus de langage, mais encore une fois, ça permet de savoir à quoi s’attendre. Mais pour des personnes…?! Je sais, il existe des tutoriels de maquillage « gothique », même des guides avec des marches à suivre pour le « devenir » mais, mais, mais… Mais il faut un sacré manque de personnalité tout de même, sans parler de la mauvaise foi.

La question qui tue

Alors oui, si on me prend de très loin et très superficiellement en me faisant passer un test pour ados affamés d’appartenances à des clans-et-plus-ça-emmerde-papa-et-maman-mieux-c’est, oui, il y a des chances que mon résultat soit « Tu es gothique ! Tes fringues sont sombres comme ton âme, tu as certainement une chauve-souris domestique et tu regardes la Famille Adams en prenant ton petit déjeuner. Mais au fond, tu es très gentil, même si tu fais peur. ».

Je suis un individu et je m’appelle Audrey, merci de votre compréhension.

Pour de plus amples explications sur le « cé koi un gotik ? » je vous invite à visiter ce blog.

Images : x, Jean-Paul Sartre (je sais, il fait peur.. il devait être gothique)

Stop running for your life and start to dance

Courir, courir, courir. A croire qu’ils n’ont que ce mot à la bouche. Je n’ai jamais compris pourquoi. Et je n’ai jamais aimé ça. Au sens propre comme au sens figuré. Que ce soit mon père qui me crie que j’allais être en retard du bas des escaliers ou la prof de sport de primaire qui nous faisait faire de l’endurance, cela m’a toujours fait horreur. Quelqu’un qui fait du jogging, ou l’image parfaite de l’individu sain et bien sous tous rapports, qui va se marier, mange des haricots verts (Raccoon spéciale kass-dédi wesh-wesh) et lit Guerre et Paix sans s’endormir dessus.

Courir, c’est faire des lignes droites. Se répéter encore et encore et ne penser à rien. Se faire du mal sans but. Se faire chier. De l’acharnement borné du troupeau qui court ensemble vers la même direction. L’imitation du chasseur préhistorique qui courait pour attraper sa proie, dépensait ses calories, n’était pas obèse.

Je dois être trop évoluée pour ça. Déjà, la viande, c’est pas ma tasse de thé. Puis quitte à être au cœur des âges, les rites, c’est plus joli. Que ce soit par animisme ou tourné vers le ciel, danser, c’est s’émerveiller de la création, remercier en créant.

Loin de la rengaine répétitive des muscles qui courent, le danseur fait des variations et joue de son corps au monde, choisit ses modulations et son énergie, il est le reflet d’une vie non-monotone où, lunatique, il passe de la violence à la douceur, du repos à la course et du saut à la chute. Nos vies ne sont pas des lignes droites qui mènent à la tombe, c’est un temps qui se courbe et serpente, ralentit et accélère, fait des retours sur soi, s’élance, et, à l’épuisement, arrête la danse.

Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens continuent de courir, on croirait qu’ils veulent mourir plus vite. Danser prend le temps de construire l’instant, de se partager avec la musique, de se partager avec le silence. Découvrir le monde dans son toucher, son soutien, son poids. Découvrir autrui dans son toucher, son soutien, son poids. Ça peut même ne pas être sérieux, voire tout à fait ridicule. Avez-vous déjà vu quelqu’un faire un jogging en n’étant pas sérieux, voire tout à fait ridicule ? Le joggeur manque de sens de l’humour, pour sûr. Il ne rit jamais, il n’est jamais triste. C’est une machine.

La danse est une émotion visuelle et sensuelle. Je dis peut-être ça parce que je suis romantique, il faudra d’ailleurs que je fasse un article pour expliquer ce que c’est, le romantisme, parce que ça n’a rien à voir avec les poneys à paillettes qui courent sous des arcs-en-ciel. Mais la musique est une émotion auditive, la peinture et la photo des émotions visuelles. Non, je n’ai pas dit que j’étais emo non plus, beware. Si je devais être un préfixe musical, je serais peut-être post, black, goth, dark, cold, doom et autres barbarismes peu joyeux, mais le emocore et ses copains, c’est pas forcément ce qui me flatte le plus les oreilles pour le très peu que j’en connaisse. Et voilà, je dis graisse. Vous imaginez un joggeur digresser vous ? Ben voilà, le joggeur il court, il va droit au but, et c’est tout ce qu’il fait ; quand je vous disais qu’il était chiant… Je ne vois pas pourquoi je devrais suivre des règles jusque dans mes loisirs, je file peut-être du mauvais coton, mais je n’aime pas filer droit : on manque trop de détails quand on file droit, on ne pense pas assez large, et je me sens toujours peinée de devoir faire de la condescendance auprès des esprits étroits – qui font du jogging.

Plait-il ? Mon obsession du jogging frise l’absurde ? Ah ? Quand je vous disais que je filais du mauvais coton, je ne sais plus ce que je dis. J’écris jusqu’à pas d’heure avec des doigts qui dansent sur le clavier, à dire des trucs qui se pètent la gueule, et ne rentre que très tard sous ma couette. C’est à dire que demain je cours, alors ce soir j’en profite. Le monde réel où on doit continuer à aller droit si on veut continuer à danser longtemps. Alors cette nuit, je suis absurde si je veux.

Le jogging, ça pue.

 

Photo : Martha Grahams

Et une pensée du fond du cœur à celle qui m’a dit il n’y a pas si longtemps de danser aussi pour mes tristesses.

A toi qui es obsédé par ton poids

Tout d’abord, je ne veux pas te blâmer. Je ne vais pas te jeter de pierre, d’autant plus qu’une obsession étant ce qu’elle est, tu ne peux pas t’en débarrasser. D’autant plus encore que je te ressemble. Et qu’ils sont beaucoup, ceux qui te ressemblent sans forcément (se) l’avouer.Toi qui es obsédé par ton poids, je sais bien ce que tu penses des gros. Des dondons qui s’empiffrent parce qu’ils ne savent pas manger. Des couch potatoesfainéants et mous qui se laissent porter par la culture trop populaire de la surconsommation. Et toi, tu n’es pas comme eux. Toi, tu vises le succès, dur comme un squelette ou un muscle d’athlète. Et tu as peur de leur faire des concessions. Parce qu’être tendre avec eux est la clé de ton échec. Et l’échec, ça te fait vomir. L’échec, c’est ta tête dans les chiottes et tes yeux plein de larmes.A toi qui es obsédé(e) par ton poidsÉcrire cet article me fait mal, parce que je suis comme toi. Mais force est de constater, force est de constater que ce n’est qu’un rêve. Et que tu es très bien comme tu es. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Je ne te connais même pas forcément…

J’ai une maman qui m’a bien éduquée, qui m’a tout dit du grand méchant loup graisseux. Quand tu lui tournes autour, même si c’est pour le narguer, il finit toujours par t’avoir. Alors laisse-le tranquille ! Ma maman, elle était très bien. Elle était comme toi et moi, elle a fait des régimes, elle a perdu du poids. Elle a réussi. Puis c’est revenu, plus vicieusement qu’avant. Ce n’est pas une couch potatoe, la preuve : elle a su réussir. Elle a réussi, elle a gagné. Des dizaines de kilos, elle a gagné.

Puis moi aussi, j’étais très bien. J’ai voulu échapper à la destinée de mes parents, être mince, me contre-foutre des prédispositions génétiques. J’ai réussi aussi. J’ai réussi à tyranniser mon quotidien et à tyranniser la cuisine d’autrui, à regarder le sucre, le pain blanc et le beurre comme des poisons de contre-bande. J’étais obsédée.

Tellement obsédée que j’ai fait des accords secrets avec mes pires ennemis. En cachette, je les faisais disparaître, disparaître de la maison, en cachette. De mon ventre à la cuvette. Puis ça s’est su, j’étais fatiguée de c(r)acher, j’en ai grossi de honte, j’étais en échec.

C’était il y a deux ans.

A toi qui es obsédé(e) par ton poids

Fin tragique, rideau ? Grosse à vie et témoignage désespérant pour toute les fans de régimes et plus encore ? Faim magique, je me re-retrouve à ne rien acheter au supermarché. Rien ne me fait envie, ou trop envie, je scrute les étiquettes et repose cette saloperie. Trop chère, trop grasse, trop sucrée, trop raffinée, trop animale, trop pauvre en protéines, trop pauvre en fibres… Moi, mon lait de soja, mes pommes et mes yaourts nature. Je suis une obsédée comme une autre. Si j’avais une solution miracle, ça se saurait.Et si, la solution, sans miracles aucuns, ce serait d’écouter ses tripes ? Faire comme on le sent et ne plus penser. Penser à autre chose, à rire, sortir, profiter de la vie. Faire ce qu’on aime, parce que non, au fond, la nourriture n’est pas l’unique plaisir sur terre. Se rendre compte qu’on est beau. S’embellir par la joie, parce que le sourire est la plus belle parure d’un visage. Et sans y penser, peut-être, se lester de ce qui nous obsède en même temps que de notre obsession.A toi qui es obsédé(e) par ton poidsQu’est-ce qui me fait dire ça encore ? Des études scientifiques sur les régimes – quel mot horriblement moche, on dirait qu’on parle de politique ! Vous savez très bien que toutes les formules miracles sont d’autres modes de surconsommation. Des diététiciens véreux qui s’enrichissent à vendre du rêve. Comme Elle, Marie Claire et leurs copines connasses.

Je vous invite très, très, TRÈS fortement à lire cette interview, parce qu’elle ne cherche pas à faire plaisir, et c’est pour ça qu’elle est sensée : Interview du docteur Zermati.

Courage l’ami. Et si c’est que je ne peux pas comprendre, que tu ne PEUX juste pas changer, je t’encourage fortement à faire une psychothérapie courte. Allez, les psys, comme dirait Didier Super, c’est comme les clochards, les pédés et certains jeunes : y’en a des biens. Et si tu ne comprends pas le dixième degré, tu es un con d’intolérant facho-nazi qui tue des chatons.

A toi qui es obsédé(e) par ton poids

Photos : x, x, moi, x