Catégorie : Vieux

« Vous êtes des obsédés textuels » : Chronique partielle

Une fois n’est pas coutume, je vais raconter ma vie. Comme vous ne le savez peut-être pas, je suis actuellement en troisième année de MCT à l’ISIT… Non, ce n’est pas une maladie vénérienne, ça veut dire Management, Communication et Traduction (même si on se demande bien ce que « Management » vient foutre là) et Institut Supérieur de Traduction et Interprétariat. Et cette semaine, oui, cette longue semaine qui se termine demain, c’est les partiels.

Epreuves éprouvantes autant qu’épouvantables, en résumé, c’est un peu ça :

« Les chamois mongoliens se baladaient gaiement dans le champ de pétrole, quand soudain le dzud arriva : ce fut pour eux l’abbatoir, la tannerie, la papeterie, l’huilerie et même la sucrerie. Il faut dire que l’envolée de décembre a balayé les déclins de novembre. D’où « la mort blanche ».

Pendant ce temps, Obama, qui luttait contre la drogue avec son homologue sans pour autant tenir ses promesses de candidat, se demanda : « Le pacte de stabilité est-il stupide ? ». Salin et Cohen, qui souffraient du typhus à cause de la baisse… du Dow Jones et de l’augmentation du VIX (indice de la terreur !), répondirent « Il est un peu stupide. En même temps, les éoliennes de haute mer, solution révolutionnaire de stockage du CO2, n’avaient pas encore été inventées lors de la Révolution Industrielle ce qui a soulevé des tension et a été à l’origine de la Première guerre mondiale. »

Etienne Dolet, « Essai sur les manuscrits en glagolitique de Rap’anu » »

Carole B.

Oui, je sais, c’est stupéfiant. Non, les stupéfiants ne circulent pas dans les couloirs.

"Vous êtes des obsédés textuels" - Chronique partielle

Et puis, il y a les bourdes… Aaah, les bourdes… Elles viennent vite quand on n’a pas eu le temps de réviser ses cours. C’est la nostalgie des années lycée où, en français, on pouvait se choper des 16 pour la verve, le panache et l’inventivité : on veut réécrire l’histoire et substituer un pacte à Vienne aux Accords de Versaille, renommer Pascal Salin selon un savant mélange de dictateur communiste et de traumatisme de thème technique espagnol – Saline (dieu merci, je n’ai pas dit Joseph) -, déplacer Saint Jérôme et sa Vulgate au moyen-âge…

D’autres se seront pris pour Goethe en espagnol, et se font tenter par Machiavel au téléphone… De toutes façons, on s’en fout, on partira tous traire des chamois chez les mongoliens…

Les partiels à l’ISIT, c’est un week-end laissé aux révisions, une semaine d’épreuves, une moyenne de quatre épreuves de deux heures chacune par jour, deux dictionnaires en permanence dans le sac et Adolphe et Benito version vieux croulants en guise de surveillants – des réacs phallocrates aigris aux cheveux plus blancs que gris qui hurlent pour hurler, made in complot des vieux de Groland. Bref, c’est l’éclate, et pour oublier, on boit du café, on rit à des blagues Carambar (true story) et on cherche à détruire les locaux de l’école en jouant au foot dans la cafet’…

Le mot de la fin, par Jean-Stéphane B. :

« Cher monsieur Daniel Prat, veuillez excuser mon manque total de connaissances… On se reverra en août ! »

 

Vivement les repêches pour de nouvelles aventures !

Dans quel monde vivons-nous ?

Perte de repères… Où suis-je et quand sommes-nous ? L’espace définit-il vraiment l’individu et le temps l’univers ? Chacun se détache-t-il par les traits qu’il dessine dans l’atmosphère et avance-t-il vraiment en cadence avec le reste du monde ? Les horloges avancent toutes à la même vitesse, et chacun effectue sa danse individuelle. Mais les horloges sont-elles le temps et nos corps sont-ils vraiment ce qui nous détache du reste ? Et si la temporalité était une notion individuelle, l’espace une notion partagée – car nous sommes l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, et tout ce qui nous touche ; car nous sommes l’air que nous recrachons, l’eau que nous rejetons et tout ce que l’on touche ?Que sommes-nous au monde et qu’est le monde à nous-même ? Notre culture nous dit : vous avancez avec les heures, vous vous détachez dans l’espace. La culture dit-elle vrai ? Question piège : la culture, ce sont des opinions communément admises à force de les entendre, des habitudes. Le tic-tac des horloges défie la lumière du soleil et impose son pas. Les années défilent sans revenir et nous filons tous ensemble vers un avenir commun en mourant au passage. C’est l’histoire qui fait l’Histoire, les brindilles qui se tressent pour former la corde du progrès. Flèche, lancée, propulsion, c’est la fin des horloges analogiques et les chiffres des dates et des heures ne font que se succéder en allant croissant.

Nous sommes le 9/12/2010, il est 11h05. Le huit décembre 2010 ne sera jamais plus et jamais plus il ne sera 11h04 ce jour. Et pourtant, le monde ne s’élance pas, il tourne et rote et fait des révolutions qui se répètent. Les émotions reviennent, la fatigue et la faim aussi, des liaisons et des au-revoir, des naissances et des morts, et des répétitions, des répétitions, des revirements, des retours en arrière, des courses, des arrêts. Et car il paraît que le temps va en flèche, on essaye d’avancer quand même : on court, on se traîne, on s’arrête en spirale.

Dans quel monde vivons-nous ?

Il en va de même dans l’espace : sommes-nous vraiment « un » ? Nous naissons pourtant à deux, voire à trois. Le petit enfant, dans le premier temps de sa vie, ne se distingue pas de sa mère, il en est pourtant spatialement séparé. Quid des cas de supposée télépathie entre personnes très proches, des langages intimes qui se développeraient dans certains cas de gémellité ? L’identité se fait par l’expérience séparée de chacun, mais se fait-elle vraiment par l’espace ? N’allons-nous pas tous dans la même direction, à courir derrière des aiguilles pour trébucher dans une tombe ? La vie parisienne m’apprend que nous sommes pareils, à courir les traits creusés dans les couloirs du métro : que les sens soient différents, c’est dans la même direction que nous allons et les vies suivent le même modèle, celui dicté par ce qui était impensable quelques siècles en arrière, un objet qui rationalise notre existence et en fait le rendement. Inventer les minutes pour ne pas en perdre une seule et perdre l’élasticité musicale de nos souffles, perdre la notion du temps en regardant sa montre.

Transformons-nous le temps et l’espace en leur appliquant la technologie, ou bien ne modifions-nous que la façon dont nous le percevons ? Supposons que le monde ne puisse pas exister « en soi » et qu’il n’existe que par nos perceptions. Faut-il prendre en compte nos filtres culturels pour dire ce qu’il est, ou bien devons-nous nous débarrasser de ce que le monde nous dicte pour dire du monde notre ressenti spontané et authentique ? Tout semble à portée d’œil et d’oreille, est-ce proche pour autant ? Tout se lit, tout se voit, mais tout se vit-il ? Je suis une internet addict, nulle personne me connaissant pourra le contester et parfois m’arrive-t-il de plus vivre derrière un écran que de vivre véritablement. Le confort des filtres et du rapport indirect à la réalité. Ne pas voir quelqu’un, c’est en être loin, la distance s’estime par rapport au temps qu’il faut pour se voir. Communiquer par internet ou par téléphone, c’est être proche en un sens, mais que pouvons nous y faire à part y raconter nos vies plutôt que de vivre vraiment ?

Raconter sa vie, la sienne, avoir une impression d’individualité quand nous nous fondons dans le même mouvement de foule, pris dans la même toile à vivre le même monde filtré. On cherche à s’assurer que nous sommes vraiment nous-mêmes, l’espace n’y suffit plus lorsque nous effectuons tous la même danse, que le chant du monde est le même « tic tac » de ce qui s’apprête à exploser. Danse en tension, performance en rythme avec parfois des contre-temps. Nous dansons tous sans nous en rendre compte. Il suffit d’une musique. Le métro m’obsède peut-être, je repense à une vision que j’y ai eue. Bach Project de Die Form dans les oreilles, les tics, l’immobilisme, les regards fixes, les mouvements frénétiques et les départs valaient un spectacle contemporain des plus spontanés. Et moi, traversée par la musique, j’étais la seule, dans ce ballet, à avoir conscience de danser quand j’observais les autres en silence. Je philosophe puis poétise, ça ne va plus, écrire en musique entraîne trop les doigts à la danse des mots. La musique est, elle aussi, un filtre par lequel nous percevons le monde, et il n’y a bien que son auteur pour dire que celle-ci est le monde lorsqu’il la joue. Car elle est l’émotion, la temporalité qu’il reçoit du monde. La danse est une spatialité qui se base sur un temps musical. Même à contre-temps, ce n’est qu’un rebond qui fait un pied de nez à la musique. Même en silence, car le silence a lui-aussi sa musique.

Doit-on considérer le monde a priori et par un effort d’élagation de nos habitudes culturelles/artificielles ? Ou bien devons-nous considérer comme monde ce que nous percevons d’emblée, qui n’est pas le monde « en soi » mais le monde « pour nous » ?

Il m’aura fallu tout un article de développement pour en trouver la problématique… Je fais à contre-temps et j’emmerde le temps qu’on me dicte. Je devrais réviser pour les partiels, j’emmerde le temps qui passe et l’arrête pour écrire.

Ça y est, je suis vide.

Dans quel monde vivons-nous ?

Poisson rouge

Aujourd’hui, je vais vous parler de mon poisson rouge. Non, ce n’est pas une blague, et si c’en était une, elle serait super drôle, comme toutes mes blagues d’ailleurs.

J’ai toujours aimé les chats. Quel rapport ? Je n’en ai eu l’heur d’en avoir – l’heur d’être au service d’aucun. Dépit et désespoir : pour tromper ma solitude d’enfant, j’accumulais peluche sur peluche – inertes, fausses, inexpressives peluches. La porte des cauchemars se refermait toujours sur la nuit de ma chambre, à l’heure de Madeleine et des esprits où l’angoisse m’enserrait la gorge comme je serrais contre moi le corps sans vie d’un jouet. La vie nocturne de ma chambre ressemblait à la mort, et, seule âme qui vive, je veillais à ce que je Diable ne me tire par les pieds et que la Dame Noire ne me décapite.

Un beau jour de printemps 1999, c’était la fête de l’école primaire. Activités et jeux divers, ennui des parents : « Je te donne vingt francs et amuse-toi ». La petite boulotte blonde en robe s’éloigne. Comme tous les enfants quand ils s’éloignent, ça n’augure rien de bon, en revanche, ça augure des bonbons ; en un mot qu’il connaissent bien à Cambrai : des bêtises ! Si la pêche aux canards, l’échange d’autocollants Pokémon et les peintures de visage sont en somme toute inoffensifs – quoique je vous y verrais bien, tiens, à vous trimballer une grosse fleur orange en guise de gamine – ce n’est pas franchement le cas de… la pêche aux poissons rouges !

Je revois encore cet espèce de gros aquarium au milieu de la cour. De jolies lueurs oranges – des âmes, vivantes – qui scintillaient en frétillant des nageoires. Cinq francs. Le jeu consistait à attraper un poisson dans un filet, et tu gagnais celui que tu attrapais, qu’on te mettait dans une espèce de poche de congélation remplie d’eau pour le transporter. Il y en avait un, au milieu, un plus vif, plus dynamique que les autres. C’est celui-là que je voulais ! Au premier essai, j’en ai attrapé un, plus petit, plus lent. Je l’ai appelé Ramina Grobis – la suite des évènements m’aura montré que donner à un poisson un nom de chat n’était pas une bonne idée. Nouvel essai. Cette fois, j’allais l’avoir, et je l’ai eu : Polochon. Eussè-je été d’une autre génération, il aurait pu s’appeler Nemo, mais pour moi, la référence en terme de poiscaille, c’était la Petite Sirène

La tête de mes parents lorsqu’ils m’ont vue revenir avec les bébêtes dans leur sac de congélation… Moi qui étais fière, je me suis faite engueuler. Et vas-y qu’il faudra les nourrir, les faire garder quand on partira en vacances, acheter un aquarium, l’entretenir (putain, ces gosses…)… Non, je ne peux pas avoir l’aquarium dans ma chambre, sinon c’est moi qui m’en occupe. Et je l’aurais mis où, d’ailleurs ? Bref, je me retrouve seule dans ma chambre avec mes peluches et mes morts, et les poissons, en bas de l’escalier. Une semaine plus tard, Ramina Grobis flottait, tragique, à la surface.

Nul ne s’y attendait plus. Les années ont passé. Polochon a doublé, triplé de volume, faisant des ronds dans un aquarium trop petit pour lui. Changement d’aquarium, Popol a encore grossi. Des nageoires en voile qui caressent les vitres, des écailles d’or qui brillent sur un corps qui s’entortille. Poisson rouge, pot de fleur, objet de décoration dont on n’a rien à foutre. Et dont, onze ans après, on me rebat encore les oreilles avec des « yféchiétonpoisson ».

Aujourd’hui, onze ans après. Les parents sont partis en vacances, et c’est bibi, gardienne des clés de la maison, de l’arrosoir et des flocons pour poissons, qui s’occupe de Popol. Après plus d’une semaine, l’aquarium était trouble. Une pensée pour mon père qui, régulièrement, se penche et prend l’aquarium, l’emmène au garage, souffle, lance des jurons, nettoie, remet Popol en place. Yféchiétonpoisson. Je me penche, soulève le couvercle d’aquarium anti-tentative de suicide – Polochon, un passé sombre, regarde. Le poisson nage avec langueur, écailles orange pale, cataracte à un œil. Cela faisait longtemps que je n’avais pas regardé ce poisson. Vraiment regardé. Lutte pour sa survie, on le place dans une bassine, trop petite pour lui, vide l’aquarium en vitesse, d’abord avec une bouteille, puis, carrément, on le met dans l’évier du garage, le vide, le remplit à nouveau. Odeur de merde. Le poisson est vivant : il chie. Comme un chat dans sa litière, un chien sur un trottoir, un humain dans ses WC : il chie dans son aquarium. Et comme dirait Antonin Artaud : « Là où ça sent la merde, ça sent l’être. […] Il y a dans l’être quelque chose de particulièrement tentant pour l’Homme, et ce quelque chose, c’est justement…le CACA ! ». Le poisson est un être. On le fait sauter dans son aquarium, propre, la dignité retrouvée d’un espace où nager, grand, pur.

Tristesse. Aquariums, cages, prisons. Polochon ne pourrait survivre ailleurs, c’est un vieux. Compassion. Compoisson. Polochon, tu es beau avec tes voiles transparents, Polochon, quelle sagesse se cache dans le silence de tes bulles ? Une âme. L’âme de la maison, insignifiante, aux écailles qui pâlissent. Une flamme. Rouge, aquatique, une flamme qui danse dans le halo de ses nageoires.

Quand je pense à Mister Boyfriend qui bosse au rayon poisson du Super U de vers chez lui cet été… Je vais vraiment finir par ne manger que du soja.

Here I go

I cannot sleep. I can definitely not sleep. How could I ? My heart is throbbing so hard, so quickly, and I keep thinking, thinking, thinking… My hands are trembling on the keyboard, I just want to laugh and cry at the same time. Now my legs are trembling too, I am precisely at a key moment of my existence. I am writing these words because I do not want to forget them, because I want you to read them, I want you to know how the world can be huge and so tiny at the same time, how time can stretch and shrink so easily… Here it is, I am crying, actually crying. London is that place in which everything is gathered : all the world, all the best of the world – its cultural wealth, its openness ; all the kindness, the smartness, the knowledge of the people of the world is right here. I am trying to make a list of all the nationalities of the people I have met here, with whom I had a really good time, has it been short or long… People from every continents, every parts of the globe… English, of course, but also American, Chilean, Mexican, Brazilian, Portuguese, Spanish, Italian, German, Scottish, Irish, Australian, Iranian, Korean, Chinese, French, Russian, so many others…. People of many origins, of many ages, many cultural backgrounds… These are the real treasures of the Planet. Not oil, gold or diamonds : people.

All my apologies to the Erasmus French besides : I may have become distant with you after a while, maybe I would not have lived this international London as much as I did if I had not done so. Or maybe I did not live that much… At least I evolved a lot. The girl who is now going back to her microscopic universe in her microscopic part of Southern France is definitely not the same who left home, nine months earlier. Now the world is home too. Of course, I am linked to this land in which I was born and raised. Of course, the smell of the soil in Carcassonne, the sight of the vineyards of Aude, the feeling of the warm stones of la Cité are deeply anchored in my self and this is what I may always call « home ». But now I know that there is this other place on Earth which is a link to all the other places and its name is London. And London has been home for me.

I only realise it now… What I lived this year is the most decisive experience in my life. I am not an adult though, being an adult sounds like a full stop in one’s evolution. But I have grown up, this is sure. Life is in front of me, as close and uncertain as it has never been. I have failed in many points, but this is just the kick my bottom needed to go ahead. I feel richer, I am richer than all these people who are succeeding in other ways I miss. I am rich of everything I shared with you all… And I thank you all for everything.

This place is about to become remote. What is easy to reach now is about to become rare. This present time and the time spent with you is going to become memories.

I am just an incorrigible nostalgic.

And I really look forward to seeing back again as many of you as possible.

Holly Crap, I love you, people of London.

(Sorry for my English, I may have done some mistakes… Now I am going to sleep – or try – I have a sea and a country to cross today.)

Picture : A wall in Brick Lane

Il y a du feu partout, vive le feu, vivent les fous

Pas pour rien que date limite se dit deadline dans le pays de par-ici… La ligne de la mort approche et je m’occupe plus de la setlist de ma marche funèbre que de la rédaction de mes oraisons shakespeariennes. Et si je finissais DJ, pas prof ou interprète ? C’est bien, DJ… Je ferai des soirées à trois pelés velus et deux tondus créteux dans une cave à vin, au milieu des vignes, et dans notre bacchanale, nous sacrifierons cruellement le canard confit aux dieux de la non-musique sur un fond d’indus ou de post-punk.Coqs coquets aux crêtes noires ou peroxydées, poissons humains dont les filets se déchirent, aux hameçons ancrés dans la peau des langues, des lèvres et des narines. D’un punk’s not dead poussiéreux s’élèveront d’autres hurlements, ceux que l’on cherche à enterrer sous des masses.

Let’s be monsters, set aside and pointed out,
Freed from their normality.
Let’s be artists and cry our liberty.

Assez déliré.

Au boulot Audrey, on inspire, on expire, on se fait craquer les doigts et on Shakespeare.