L’enfer des soldes

Il était une fois, un soir de mi-janvier, une Banshee qui errait sans but dans les rues de la ville. C’est la mort dans l’âme et des notions géographiques plein la tête qu’elle faisait ses tours et ses détours, culpabilité et paralysie mentale grandissante. Quand, comble de la lobotomie, s’offrirent à sa vue ces vitrines éclairées et pleines de couleurs, affichant des chiffres qui lui rappelaient vaguement ses bons vieux et lointains cours de maths de lycéenne… Le temps n’était pas à la nostalgie, mère-grand n’était pas à la maison, mais l’encrier était en train de sécher dans l’appartement froid et vide : il fallait rentrer, et vite.

Cela dit la Banshee, bien que Banshee, est humaine, et si les charmes d’une paire de low boots ou d’un slim jaune pétard n’ont aucun effet sur elle, ce n’est pas le cas de cette grotte enchanteresse, de cette caverne d’Ali Baba qu’est Les filles à la vanille… Malgré les récriminations de sa mauvaise conscience, elle entra, et là ô merveilles, ô divins apparats, motifs écossais et dentelles, velours et froufrous ! A l’image de ses multiples trésors, les prix de même se faisaient enchanteurs, et c’est bientôt avec une robe en velours que la Banshee fut entraînée dans la cabine d’essayage. Le miroir souriait avec des allures de vampiresse, mais restait encore l’autre étage… Ô rage ! Ô désespoir ! Ô profusion ennemie ! Ce n’est pas un dilemme, mais un multilemme qui s’opposa alors à notre héroïne. Son dévolu se jeta cette fois sur cette robe violette aux finitions de dentelles et à la réduction alléchante. C’est encore en cabine que se poursuivit cette terrible histoire. Et le miroir cette fois souriait aux airs de sorceresse.

Ce fut alors, dans ce monde de futilités, un temps de réflexion. « Violet ? Velours ? Violet ? Velours ? Suis-je vampire ou sorcière ? Lusignan ou Biron ? (rah, ce Nerval …) Et je mettrais ça avec quoi ? Et si je prenais les deux ? Me faudrait un truc pour mettre en dessous en hiver quand même… Et si je prenais les deux ? J’ai assez pour les deux ? Les deux et le truc en-dessous ? Et si après je craque pour d’autres Docs ou des New Rock, j’aurai fatalement pas assez… Bon, j’ai déjà assez de chaussures comme ça remarque… De robes aussi en fait… Diantre, barrons-nous vite ! Ce lieu est maudit ! » En un ronron, elle jeta un dernier coup d’œil à la robe en velours, et s’en fut de ce lieu puant le souffre derrière les effluves sucrées de vanille.

La fièvre (acheteuse) ne la lâcha pas pour autant, et elle ne fut pas sitôt sortie qu’elle s’embarqua dans un Petit Bateau… Frustrée par son dilemme, elle se jeta sur une petite robe noire, à manches longues cette fois, comme ça, rien à mettre en-dessous ! (enfin si, des sous-vêtements, un peu de décence je vous prie) Elle réalisa cependant en cabine d’essayage que l’unique taille de la robe était en fait… Trop large. Ce temps perdu (ah non, pas encore Nerval (je ne confonds pas avec Proust, screugneugneu !)) la mit en rage, et c’est d’un pas décidé qu’elle rentra (chez elle) dans le Virgin. Vanitas, vanitas, omnia vanitas, ce n’allait pas être une robe qu’elle porterait tous les tremblements de terre qui la rendrait plus belle/intelligente/géniale/magnifique/divine/superbe/parfaite, tandis qu’un nouvel ouvrage n’allait pouvoir qu’agrandir encore sa culture grandissante. Sa quête du Dictionnaire Diablolique fut soldée (oui, les soldes, justement !) d’un échec : elle ne trouva en effet que le Dictionnaire Infernal, ce qui n’est évidemment absolument pas la même chose (pfeuh !). Elle dirigea alors ses pas vers le rayon « Forme », ayant grandement besoin de désennuyer sa lassitude. Mais voir tous ces trucs de régime et ces exercices d’abdos-fessiers la fatigua d’autant plus, et lui donna faim, de surcroît…
Elle rentra alors réellement chez elle, les mains dans les poches, le portefeuille plein et la culpabilité à son comble. La nuit était noire lorsqu’elle ferma la porte.

Tempus fugit.

Conclusion ?

Société de consommation de meeeeeeerdeuh !

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J’ai trouvé mon Paradize

Il y a environs deux semaines que je l’ai trouvé… Mon chemin à suivre, ma voie, ma foi… A la veille de l’épreuve de philo, et la tête pleine de conceptions diverses et variées de divers philosophes, je me suis mise à écrire. Réfléchir. Je ne vais pas changer ce que j’ai écrit, c’est du « à chaud », la réflexion en live d’une fille qui écrirait presque comme elle parle… Presque. Quand je parle, je bafouille, j’ai des tics, je m’embrouille, au moins, à l’écrit, je ne me perds pas : l’encre crée un fil d’Ariane dans le labyrinthe des esprits. Assez parlé. Etheldrède se transforme en moine copiste du XXIème siècle et fait d’écrits de papier des écrits de pixels.

Je viens de finir l’autobiographie de Marilyn Manson pour me plonger dans De la liberté d’Epictète. Liberté, liberté chérie, voilà le résumé de mes pensées. Si l’on est seul, tout seul comme je m’en lamentais l’autre jour, alors croyons au moins en une chose : nous-même. « Cogito ergo sum ». Sum… SUM ! J’EXISTE ! C’est sûr, certain, Descartes l’a prouvé. Que lui ait existé, j’en sais rien. Mes sens me disent que oui. Mais le monde extérieur n’est pas sûr. Rien n’est sûr excepté moi-même : j’existe. Et c’est là qu’arrivent les trips ésotériques. Glorification de soi, l’Homme. Une tête pour penser, deux bras et deux jambes pour agir. Et autour, l’eau, le feu, la lumière, l’air et le vent. L’Homme est une étoile. Lucifer, étoile du matin.

Et si Dieu n’était qu’un berger pour les immoraux, les incapables de penser par eux-mêmes ? On s’en remet à Dieu, on rejette toute responsabilité entre ses mains. C’est un berger… Et nous ? Bêêê ! Moutons… « God is in the TV » chante bien à propos Brian Warner à cet instant. Cessons de suivre. Dirigeons nous-mêmes notre propre vie. Libre aux « faibles » (Nietzsche) de s’en remettre à ce guide moral. Mais les interprétations… « Tu ne tueras point. » Combien de fois l’ont-ils transgressé ? La religion ne fut pendant des années qu’un concept pour encadrer la population, originellement elle offrait des préceptes moraux, qui, je ne peux le nier, m’ont donné une éducation telle que ma conduite actuelle est guidée par certaines idéaux moraux que tous n’ont pas. Mais peut-être n’y est-elle pas pour tout ? Peut-être des pleurs quotidiens, des injustices subies, ont été indispensables à un certain dégoût actuel pour ce qui est injuste. « Sens la poutre dans ton œil avant de voir la paille dans l’œil du voisin, » et je pardonne. Je pardonne toujours aujourd’hui, je ne serais sûrement pas mieux à leur place. Même si c’est peut-être une hypocrisie instantanée vis-à-vis du mépris originellement ressenti. Je ferme les yeux sur les autres. Seule m’importe ma conduite. Être irréprochable. Pouvoir me montrer nue comme un Stoïcien (cf Epictète) sans avoir honte de mon comportement. Bas les masques. Mais que la vertu ne tombe pas. Je ne veux pas devenir une bête.

« Dieu est mort, » dit Nietzsche. Si je me permets de prononcer ces mots en profession de foi, alors il faut que j’assume. Plus de guide, ni de berger, je dois refuser la facilité, refuser d’être un mouton. Même si faire le bien est plus difficile que de faire le mal, que ce ne soit pas en étant dirigée par une carotte-Paradis et un bâton-Enfer. Si l’Église dérive comme elle l’a déjà fait, je ne tomberai pas avec elle. C’est en remettant à d’autres sa pensée qu’on tue le maure et l’hérétique.On devient Nazi, facho, FN, con à force d’être hypnotisé par ceux qui s’imposent comme maîtres. Non. C’est dur, mais il faut assumer. On a voulu le fruit de la connaissance, assumons. Connaissons et sauvons notre âme des vampires qui la veulent pour leur pognon ou leur satisfaction personnelle.

Si je renie Dieu, alors il faut que j’aie la connaissance, soit la conscience pour aider à la réalisation du bien et du mal. Le serpent l’a dit, je crois, croquer est le secret pour être aussi puissant que Dieu. […] Oui, je devrai devenir Dieu si je le renie, je serai perdue sinon. « Dieu est mort, alors vive Dieu ! ». Peut-être est-ce chrétien en un sens ? Par sa mort, le Christ ne nous a pas abandonnés. Des langues de feu sont tombées sur la foule et les apôtres furent envoyés prêcher un message… Non, là, ça ne colle plus, il y a hiérarchie, des émissaires du maître.

Ça m’angoisse. Suis-je assez forte pour assumer pleinement un reniement ? La plupart des gens s’en foutent. Ça m’importe. J’ai confirmé mon baptême dans la foi catholique, et fait profession de cette foi. Comme un con de mouton, j’ai peur du bâton. Hé, mais je sais bien que ce ne sont que des inventions ! Limbes des enfants, purgatoire, XIIIème siècle, réponse à la profonde angoisse eschatologique. On vit dans la crainte à cause de cette connerie, on nous tient. Le fruit de la connaissance, oui, le fruit de la connaissance ! Vivent les pommes ! « Une pomme par jour éloigne le médecin. » Il faut ainsi cultiver sa connaissance. Je suis heureuse de vivre dans un pays et à une époque où c’est possible. Même si de moins en moins de gens comprennent et s’en remettent à des pseudos-connaissances aseptisées : nom du gagnant de la Star Ac’, année de son dépucelage et nom de son chien. Moi, je suis presque incollable sur Disney (du moins, j’étais, j’ai peut-être oublié) ! Et je sais un tas de trucs sur les Pokémon ! Oui, je fais partie de ces moutons dopés à la culture de masse, mais ainsi est le monde actuel. Revenons-en à l’Enfer…Ca soulage de savoir qu’il n’existe pas, pas plus que le Paradis. L’Enfer, ça peut être ici. Le Paradis aussi. Alors, vivons bien, libres de tout reproche, de tout remords, de toute honte face à notre morale.

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » Hugo. Nul ne peut se cacher à soi-même nous sommes nos propres dieux, juges de notre morale, bourreaux et accusés. Alors maîtrisons-nous, maîtrisons la bête qui est en nous.

Requiem for my Docs

Gros godillots.

Écrase-merdes.

Cire-les au moins !
Tu me fais honte, ma fille.


Tels étaient leurs divers surnoms attribués avec affection par ma génitrice. Ça faisait bien trois ans que ces deux là étaient à mes pieds… Et pour ainsi dire, elle ne me lâchaient pas d’une semelle. Véritables chaussons d’extérieur, j’aurais traversé le monde avec elle, j’aurais affronté courageusement toutes les situations de la vie…

Seulement voilà… Mors certa, hora incerta. Cette heure est venue lundi, un problème de fermeture-éclair. Et les légistes sont formels : « Vu leur état de décomposition avancée… », laissant entendre qu’une nouvelle paire vaudrait mieux qu’une réparation. Et c’est là que mon cœur se déchire ainsi que la fermeture sur mon mollet, là qu’accourent à mon esprit les souvenirs.

Elles ont connu des pogos sur Indochine et Placebo. La boue d’Hide Park s’est accrochée à elles avant de s’essuyer chez Harrods, et même qu’un peu de mousse de la fontaine des Trois grâces le jour du bizutage. Les amours ont défilé, elles restent à mes pieds. Elles attendaient vaillamment en haut des escaliers chez David, dans l’entrée de chez Guillaume, pour joncher vaguement quelque part dans mon appart’.

Si j’avais dû faire mon auto-portrait en quelques mots, j’aurais dit un truc chevelu qui crie fort et parle beaucoup quand il s’y met, avec des rayures et des kilts sur un fond noir… Et des Docs aux pieds.

Jamais ces deux chérichettes aux coutures jaunes ne m’ont fait boiter en pleurant à moitié, quand la chair et le sang de mes orteils se dépose si vite dans une paire d’escarpins. Non pas que je renie le maître Théophile Gautier, mais « le pied de la momie », très peu pour moi. Et c’est pourtant de bandelettes et de pansements que se vêtent mes petons depuis que Docounettes ne sont plus.

Ces amies vaillantes et fidèles trouveront leur sépulture au fond de mon jardin…
Et telle sera leur épitaphe :


« Vous étiez toujours à mes pieds, et à présent, vous voici en-dessous »

Moi, fétichiste ? Jamais !
[Et en plus, Oli de Sat a les mêmes…]

Epilogue

Un jour de terminale, alors que j’arrivais à l’arrache au lycée, Eliot me fit remarquer que j’étais immortelle pour une sombre histoire de baguette chinoise plantée dans le crâne (ne cherchez pas de logique ici, on parle d’Eliot ^^ »). Ainsi ce caractère s’est-il transmis à mes chères chaussures, et les Docs, à mon image, ont finalement et grâce à quelques points de suture au niveau de la quasi-fatale fermeture éclair, prouvé leur immortalité et retrouvé la place qui leur était due… A mes pieds…

Entrez dans la danse

Les arbres dansent

Certaines nuits, il semble que les arbres dansent
Ensemble sur la douce musique du vent :
Ils laissent bercer et bougent sans trop de sens
Leurs branches de gauche à droite, d’arrière en avant.

Si elles s’ancrent et s’appuient au plus profond du sol,
Ces danseuses géantes toutes de bois faites,
C’est pour s’élancer à la rencontre d’Éole
Et caresser le ventre des cieux de la tête.

Aimant prendre des poses aux aspects tortueux,
Elles se tordent et étirent loin leurs très longs doigts,
Elles semblent se mouvoir d’un moyen mystérieux
Et nous fascinent sans en demander le droit.

Ô dryades, je vous sais ici bien vivantes
Quand avec grâce se meuvent vos corps entiers
Et qu’avec eux, dans la forêt, mon âme errante
Danse de la tête et s’appuie sur ses deux pieds.

Etheldrède

La danse… Voici un bien vaste sujet ! Si je me laissais aller à la fainéantise, je vous citerais mon amie la femme de la forêt qui va sauver des pingouins en Antarctique : Emmanuelle Kant (cf l’article sur le sommeil) en disant que la danse est une chose qui ne se prouve pas mais s’éprouve et m’en irais boire du thé en feuilletant des catalogues ou du moins quelque chose ne requièrant pas une très grande activité cérébrale. Néanmoins, étant assez maniaque, bien que l’on puisse en douter si l’on observe ma chambre certains jours, je ne peux me permettre de bâcler un article, et encore moins un article traitant de la danse !
Alors, courageusement, je me saisis de mon clavier comme d’une épée et m’en vais retranscrire en mots ce qui s’exprime habituellement par le corps… Exprimer ?! Là vous repensez à la dernière fois que vous avez vu l’abruti de votre classe bourré en boîte et vous demandez sérieusement ce que son remake de la Danse de canards à la sauce Macarena pouvait bien exprimer… Disons que c’est un art qui revêt plusieurs formes et que certaines sont plus riches et lourdes de sens que d’autres… Un peu comme Charles Baudelaire et Yves Bonnefoy en poésie, vous saisissez ? L’un est un maître incontesté, et l’autre… Bref.

La danse forme un langage dont le sens varie selon la façon dont elle se ressent. Ce sont avant tout les émotions qui se communiquent : la danse entre par les yeux, la musique par les oreilles et on se retrouve ainsi à danser de l’âme avec le danseur, on sent la danse plus qu’on ne la comprend. C’est pour ceci, je pense, que cette dernière a été diabolisée par l’Eglise, vue tantôt lubrique, tantôt macabre, la danse est une communion de soi à soi, de soi aux autres, de soi au monde. Danser, c’est sentir son squelette s’articuler, danser c’est se laisser posséder par la musique, danser c’est sentir son poids sur le sol et sa peau dans l’espace, c’est devenir un univers…

Chacun a sa façon de voir la danse, chaque danseur y a une relation privilégiée, elle vient de façon unique, comme un nom que l’on met sur un visage, avec une énergie, une intention et une qualité toujours différente et toujours nouvelle. Enfin… C’est du moins la façon dont je vois la chose : cela fait onze ans que je fais de la danse contemporaine, et si l’on omet les quelques pas de rock expérimentés de temps à autre avec mon frère, ceux de salsa appris à la va-vite pour le délire dans un camping hongrois, les stages de torture… heu… danse classique, pardon, et ceux de capoeira, je n’ai jamais fait que ça.

La danse contemporaine a cela de particulier qu’elle offre une marge de liberté assez large en ce qui concerne la création : des éléments du décor peuvent être exploités, de même que les costumes, ou encore la voix ; rien n’est vraiment imposé si ce n’est la relation du danseur à l’univers. Alors que le danseur classique est plutôt aérien, le danseur contemporain s’enfonce dans le sol… Les jambes se plient, les pieds s’étalent et le corps s’étire, se courbe, s’enfonce, se vautre, se tend, s’élance… De même, rien n’est gratuit en danse contemporaine. Si l’on observe nos vies, tout acte n’a-t-il pas une cause ? Une intention ? La danse contemporaine est l’expression du quotidien, et ainsi un mouvement ne se fera jamais dans le vide, il marquera à chaque fois une volonté et une conséquence. Cela dit, diverses influences peuvent s’y retrouver, ainsi le contemporain peut piocher des éléments dans le classique, les danses de salon, le théâtre, les arts martiaux, les danses ethniques,… Bref, partout où le corps s’exprime sans jamais y tomber totalement. Pour ce qui est de la différence contemporain/moderne, [edit : novembre 2011] elle est premièrement historique : le contemporain découle du classique et s’y oppose, le moderne fait partie de la mouvance jazz. Le grand jeu du contemporain est cependant de briser les frontières, quitte à se trouver parfois aux limites de la danse. Voilà pourquoi il est si difficile de le définir, et voilà pourquoi j’ai voulu écrire ces quelques précisions, en espérant qu’elles aient pu vous éclaires sur la question.

Hommage…

En ce moment, un ami doit faire un exposé sur l’idole pour ses cours de philosophie. En lisant ce qu’il disait à ce propos sont remontés à mon esprit les souvenirs de mon idole à moi… Ce n’est pas un sportif, ni un chanteur, ni un acteur, peut-être est-il écrivain, tout du moins, il est impliqué dans le monde des lettres… Parfois on pouvait le croiser à la librairie des Trois Épis, fouillant parmi des livres ou des bandes dessinées, à la recherche d’un ouvrage pouvant approfondir encore sa culture déjà impressionnante.

Lorsqu’il marchait dans la cour du collège, on eût dit une ombre qui s’étendait de sa salle de cours à la salle des professeurs : immense, la démarche du corbeau, les cheveux en bataille, toujours affublé d’une veste en tweed ou de vêtements sombres… Et comme une ombre, presque invisible quand on n’y prenait garde, il apparaissait terrifiant lorsqu’on le remarquait.

Un jour de septembre 2002, nous nous sommes installés pour la première fois dans sa salle. Son regard d’aigle balayant la classe faisait régner une pesanteur palpable dans la pièce, et le silence se fit de lui-même. Il avait un ton posé et un visage sûr de lui, une élocution telle qu’il était impossible de ne pas se laisser hypnotiser par ces mots qui sortaient de sa bouche comme des perles coulant les unes après les autres, comme une rivière de diamants. Non content de bien énoncer les choses, ces dernières étaient toujours dignes d’intérêt, choquantes parfois, se plaçant dans des parenthèses qui s’ouvraient à l’infini pour ne jamais se refermer…

 


VOUS !
Dites moi…
MENTIR, MENTIR, MENTIR…
MENTIR JUSQU’AU VERTIGE !

 

Sortir de l’ordinaire serait un euphémisme parlant de ce professeur – car oui, je pense que vous l’avez deviné, il s’agit d’un professeur… Enfin, avant sa retraite dirons-nous. Qui d’autre nous aurait lu une recette de cuisine médiévale juste avant midi, alors que les ventres gargouillent et que les yeux s’exorbitent à la simple mention du mot « manger » ? Nous aurait fait faire de la calligraphie de poèmes ? Nous aurait prêté le Grand Cahier, livre aujourd’hui censuré ? Aurait révélé à de pauvres quatrièmes innocents le terrible secret du Petit Chaperon rouge ? Aurait participé au meurtre d’un cafard pour une illustration de La cigale et la fourmi ?

Sa culture était un puits des plus profond, et lorsqu’il se heurtait à l’ignorance, il prenait son Littré, fouillait sur internet et revenait le lendemain calé sur le sujet. Cela faisait de lui à la fois quelqu’un de fascinant et quelqu’un d’effrayant. On eût dit qu’il savait analyser chacun de nos gestes, que d’un regard il cernait nos personnalités, qu’il pouvait deviner nos moindres pensées. D’ailleurs lors d’une réunion parents-professeurs, il passait au moins une demi-heure avec chaque parent, lui dressant un portrait psychologique de leur enfant, ou lui faisant un cours d’orthographe. Serait-il un extra-terrestre ? Le Tout puissant ? Non, c’était juste un homme. Un homme passionné par son métier, un homme désireux d’en savoir plus, toujours plus et qui aimait transmettre son savoir.

Il a connu mille vies, expérimenté divers métiers, voguant sans cesse entre ses passions… Pour moi il incarne celui qui a réussi, celui qui a bien vécu… Nous sommes d’ailleurs beaucoup à partager ceci… Nous voulons lui ressembler. Nous voulons cette même culture, cette même profondeur d’esprit, cette même originalité… Nous voulons être dieux à notre tour, et pour cela nous devons croquer… Croquer à pleine dents dans la culture comme dans une pomme, croquer la vie à pleine dents et la vivre à 200%…

Alors, soit doit entre nous… YOUPI ! Enfin non… HYOUPI : hurlons-le, scandons-le comme un cri de guerre, un affront au quotidien maussade, écrivons-le sur tous les murs pour casser leur côté uniforme, et suivons comme une étoile ce corbeau en tweed ; peut-être alors qu’au bout du chemin, lorsque nous nous retournerons sur les instants passés, nous esquisserons un sourire satisfait, et du fond de notre mémoire, il y aura un nom…

PS : Pour votre gouverne, non, je ne fais pas partie d’une secte, à moins que cette dernière porte comme nom « eX3b »

Ah, le sommeil…

Il y a des chances que certains, me connaissant, ne soient pas étonnés qu’un tel article apparaisse sur mon blog… Car oui, je vous l’avoue, j’ai une double identité : le jour je suis marmotte au radar, mais la nuit… je suis une marmotte en hibernation O_O. Il m’arrive aussi de temps en temps d’avoir des attitudes de chauve-souris ou de chat (rejoint la marmotte sur certains points), m’enfin une explication plus en profondeur me ferait dévier du sujet principal : Le Sommeil !N’ayez crainte, je ne vous parlerai pas du Palais du Sommeil dans les Métamorphoses ni des théories freudiennes sur les pulsions du subconscient qui arrivent à passer outre la censure dans le sommeil ect ect… J’ai pas créé un blog pour parler boulot non mais ! Non, je ne vous parlerai ici que du plaisir que le sommeil procure, mais aussi de ses effets néfastes…Qui n’a jamais béni l’arrivée du week-end ? Celle des vacances ? Qui n’a jamais eu envie d’exploser son réveil matin contre les murs de sa chambre ? Et tout ça pourquoi ? Pour avoir droit à quelques heures de sommeil en plus ! Pour pouvoir s’échapper un peu plus longtemps dans cet autre monde, de l’autre côté de la couette… Dans le sommeil nous trouvons une logique nouvelle, elle semble si évidente lorsqu’on dort et pourtant… On cherche à atteindre un but, et on y reste totalement borné… Imaginez par exemple un chalet vosgien : vous entrez dans le garage et là… Un dédale truffé de pièges à la Indiana Jones, vous apprenez qu’une princesse est enfermée au centre du labyrinthe, et qu’elle se transformera en pierre si vous arrivez trop tard… Évidemment, tout semble ici très logique, vous vous faites courser par une boule géante prête à vous écraser les os, mais c’est pour vous aussi banal que de partir aux toilettes. Enfin bon, les rêves sont souvent délirants, et c’est tant mieux parce que ce sont les meilleurs…

Certains sont si beaux que le réveil s’accompagne d’atroces souffrances, d’autres font croire à des tests surprises au beau milieu des vacances, d’autres… nous traumatisent pendant quelques semaines… Mais tous ceux-ci restent néanmoins des cas isolés, et l’assoupissement peut rester un plaisir quotidien, un ressourcement dans le monde onirique, un apaisement sans fin… Parfois quand tout va mal dans la réalité, on aurait envie de rester endormis… Peut-être Hamlet a-t-il raison, peut-être la mort n’est-elle qu’une nuit, une nuit sans rêves… Mais personnellement, je préfère continuer de rêver aussi longtemps que je le peux…

Le sommeil est aussi un fléau, il est terrible, terrifiant, il change les gens en monstruosités à moitié marmottes… Voici quelques exemples de symptômes de la fatigue :

« Pentacle à l’envers » devient « Pinte à camembert »

« Tu dors comme un loir » devient « Tu dors comme une armoire »

Vous écrivez « Antigouine » au lieu d' »Antigone » (l’homophobie, c’est mal…)

Vous cliquez une bonne dizaine de fois en haut à droite de votre fond
d’écran avant de comprendre que le PC ne s’éteindra pas comme ça

Vous traduisez « Quelle heure est-il ? » en anglais en regardant votre montre

Vous vous rendez compte que s’endormir sur les anneaux ouverts
de votre classeur de physique-chimie n’est pas une bonne idée…

Vous cherchez partout dans votre cave une bouteille du crû « Pinar » quand on vous demande d’aller y chercher du vin et revenez bredouille avec du Corbières

Vous pensez que le magazine l’Histoire s’intéresse aux félins
quand on vous dit qu’il y a un dossier sur Mao (« maôw »)

Vous comprenez « un glacier dans une maison » puis « un vestiaire dans une maison » quand on vous parle d’investir dans une maison ^^

Vous voulez tenter de lutter ?
Prenez une tasse de thé !
[With a cloud of milk, please !]

L’automne

La nuit se fait de plomb, craque le ciel.
Le vent souffle encore, un long hurlement.
La pluie a ce toucher froid et cruel,
Et cette vie m’ennuie infiniment.

Les feuilles s’embrasent, puis, cendres, ternissent,
Tombent et volent comme un ange déchu
Qui avec espoir s’en va loin et glisse
Pour toujours vers un paradis perdu.

Le froid, armé de ses dents en poignard,
Accompagne la rosée se faisant
Belle, muse antique et candeur : un miroir,
Et tue la nature entière en mordant.

Quand ici s’éclairent les candélabres,
Que le tonnerre, puissant et viril tonne,
On peut voir , dans une danse macabre,
Elle, vêtue de ses tissus vaporeux – l’Automne.

Etheldrède


Il y en a qui disent qu’écrire, c’est hurler en silence… Ce n’est pas toujours vrai, l’inspiration n’attend pas forcément la colère ou la tristesse, les mots peuvent surgir comme une brise surgit au printemps et puis couler comme une rivière paisible. Il est néanmoins vrai que les mots apaisent, et si la douleur ne s’enfuit pas avec le sang, les larmes et les cris, l’encre laissera toujours avec elle un peu de tristesse sur le papier.

Peut-être que le travail d’écriture nous fait nous détourner de nos peines : on pense aux rimes, aux nombre de pieds, à la cohérence des phrases,… On raconte une histoire, qu’elle soit réelle ou fictive importe peu au fond, car si elle est couchée sur le papier, elle est toujours issue de l’esprit du créateur. Âme en peine, âme rêveuse, âme taquine, âme oureuse… La plume est un cordon ombilical et l’écrit, un fœtus d’état d’âme.

Une amie m’avait un jour cité Francis Carco : « Écrire des vers à vingt ans, c’est avoir vingt ans. En écrire à quarante, c’est être poète. ». Ainsi, Rimbaud qui n’a jamais atteint les quarante n’aurait jamais eu que vingt ans, c’est injuste ! D’un côté, il est vrai que les passions adolescentes nous rendent plus enclins à l’écriture que les vies prosaïques des adultes, et qu’écrire à quarante ans révèle une réelle passion envers les mots. Cependant, ces derniers quarantenaires n’aimaient-ils pas tout autant manier les phrases alors que l’acné disparaissait tout juste de leurs visages ?

[Âme en peine ou âme heureuse ?]
[Âme en haine ou amoureuse ?]